Al Comandante Ernesto Che Guevara
(Poema por balada)
Las palabras no entienden lo que pasa:
Las vocingleras, las oscuras, las dóciles,
las que llaman las cosas por su nombre,
las que inventan el nombre de las cosas;
las palabras que dije o me dijeron,
las que aprendí en los libros,
las que escribo,
las que pensé mirando una ventana,
las que acercándose al silencio, gritan;
las que al tocar el fuego, se desfogan,
las que truecan los trinos y los truenos,
las que sirven la mesa de mi casa,
las de la nítida caligrafía que cae por las paredes de la escuela,
las que dicen a dúo el pez y el pájaro;
las palabras que tuve o que no tuve
para llamar al mundo y que viniera,
las que tienden un hilo minucioso
que va de los balcones a las bocas,
y de las bocas a la historia, y pasan,
las que pasan la noche entre papeles,
o suben la escalera del insomne,
y se introducen en su sueño a ciegas;
las que ordenan el ruido en los rincones,
las que barren el vómito de rabia,
las que saltan del fémur a la luna,
las que cortan la sombra calcinante,
las que labran un nombre en una piedra
para mejor perpetuar el olvido,
las que bajan al árbol por el aire
y se trepan al cielo por el tronco,
las que mastican un cangrejo lento,
las que anuncian el fin de la Cuaresma,
las que le quitan sueño al asesino
y lo dejan dormir y le montan guardia,
las que no sangran, aunque se las hiera,
las que no mueren, aunque se las mate;
las que roban futuro en un embudo,
las que administran mitos y virtudes,
las que mantienen trato con el viento,
las que advierten el agua incinerada,
las que abren los labios de la tierra
buscando el astrolabio de tu grito,
las que te dicen, sin creer que oyes:
-Vuelve a pelear Ramón, aunque te mueras...
Las palabras no entienden lo que pasa.
Au Commandant Ernesto Che Guevara
(Poème par ballade)
Les mots ne comprennent pas ce qui se passe :
Les vociférantes, les sombres, les dociles,
Celles qui appellent les choses par leur nom,
Celles qui inventent le nom des choses ;
Les mots que j'ai dits ou qu'on m'a dits,
Ceux que j'ai appris dans les livres,
Ceux que j'écris,
Ceux que j'ai pensés en regardant par une fenêtre,
Ceux qui, s'approchant du silence, crient ;
Ceux qui, en touchant le feu, se déchaînent,
Ceux qui échangent les trilles et les tonnerres,
Ceux qui servent la table de ma maison,
Ceux de la calligraphie nette qui tombe sur les murs de l'école,
Ceux qui disent en duo le poisson et l'oiseau ;
Les mots que j'ai eus ou que je n'ai pas eus
Pour appeler le monde et qu'il vienne,
Ceux qui tendent un fil minutieux
Qui va des balcons aux bouches,
Et des bouches à l'histoire, et passent,
Ceux qui passent la nuit entre des papiers,
Ou montent l'escalier de l'insomniaque,
Et s'introduisent dans son rêve à l'aveugle ;
Ceux qui ordonnent le bruit dans les coins,
Ceux qui balaient le vomi de rage,
Ceux qui sautent du fémur à la lune,
Ceux qui coupent l'ombre brûlante,
Ceux qui sculptent un nom dans une pierre
Pour mieux perpétuer l'oubli,
Ceux qui descendent à l'arbre par l'air
Et grimpent au ciel par le tronc,
Ceux qui mastiquent un crabe lent,
Ceux qui annoncent la fin du Carême,
Ceux qui enlèvent le sommeil au meurtrier
Et le laissent dormir et montent la garde,
Ceux qui ne saignent pas, bien qu'on les blesse,
Ceux qui ne meurent pas, bien qu'on les tue ;
Ceux qui volent l'avenir dans un entonnoir,
Ceux qui administrent mythes et vertus,
Ceux qui entretiennent des relations avec le vent,
Ceux qui avertissent de l'eau incinérée,
Ceux qui ouvrent les lèvres de la terre
Cherchant l'astrolabe de ton cri,
Ceux qui te disent, sans croire que tu entends :
-Reviens te battre Ramón, même si tu meurs...
Les mots ne comprennent pas ce qui se passe.
Escrita por: Anonimo, Salvador Puig