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Enfant Christián

Alfredo Zitarrosa

Niño Christián

(Canción)

Hoy por primera vez te escribo
y sé que no escribirás
un niño como tú no escribe
si no está en el Perú.

Un niño como tú
pequeño y raro niño Christián
tu madre loca luz
tu padre ardiente y frágil varón.

Cabían en un cajón de pino
en tu cuarto de pensión
pero no eran así las cosas
cuando te conocí.

Tu pelo de aserrín
tus ojos donde el tiempo se hundió
no están en mi canción ni tú
volverás nunca al Perú.

Zapatos sin cordón tan solos
como estuvo tu amor
la vida te ayudó a morir
mimando tu soledad.

En Córdoba no están
tus párpados no pueden estar
un niño como tú no duerme
si no está en el Perú.

Tu madre loca luz
tu padre ardiente y frágil varón,
allá en su hondo temor
de ser menos que un niño te amó.

Y fue fuego mayor
ardiendo como un hijo del Sol
y no sólo te amaba,
amaba su color en tu piel.

Y hoy que te recogió
yo sé bien a donde te llevó
tu cuerpo lo sabía
un día volverías con él.

Y dile a tu papá que yo
soy poco y nada también
que quisiera el amor vivir
en aquel mundo mejor.

Dile que esta canción los ama
más que nunca a los dos.

(La puntuación, la versificación y la ortografía son de Alfredo Zitarrosa)

Enfant Christián

(Chanson)

Aujourd'hui pour la première fois je t'écris
et je sais que tu ne répondras pas
un enfant comme toi n'écrit pas
s'il n'est pas au Pérou.

Un enfant comme toi
petit et étrange enfant Christián
tu es la lumière folle de ta mère
tu es le père ardent et fragile.

Ils tenaient dans une boîte en pin
dans ta chambre de pension
mais les choses n'étaient pas ainsi
quand je t'ai connu.

Tes cheveux de sciure
tes yeux où le temps s'est noyé
ne sont pas dans ma chanson ni toi
ne reviendras jamais au Pérou.

Des chaussures sans lacets si seules
comme l'a été ton amour
la vie t'a aidé à mourir
en chérissant ta solitude.

À Córdoba ils ne sont pas
tes paupières ne peuvent pas être
un enfant comme toi ne dort pas
s'il n'est pas au Pérou.

Ta mère folle lumière
tu es le père ardent et fragile,
là-bas dans sa peur profonde
d'être moins qu'un enfant il t'a aimé.

Et c'était un feu plus grand
brûlant comme un fils du Soleil
et il ne t'aimait pas seulement,
il aimait sa couleur sur ta peau.

Et aujourd'hui qu'il t'a pris
je sais bien où il t'a emmené
ton corps le savait
un jour tu reviendrais avec lui.

Et dis à ton papa que moi
je suis peu et rien aussi
que j'aimerais vivre l'amour
dans ce monde meilleur.

Dis-lui que cette chanson les aime
plus que jamais tous les deux.

(La ponctuation, la versification et l'orthographe sont d'Alfredo Zitarrosa)

Escrita por: Alfredo Zitarrosa