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Flora et Ceferino

Ali Primera

Flora Y Ceferino

Anda Flora ensilla la burra
y vete pal' caserío
dile al doctor que la tos me apura
y que tengo escalofrío
me da miedo morirme
y dejarte, Flora, en la soledad
tan sola con dos muchachos
y un conuco que no da na'
tan sola con dos muchachos
y un conuco que no da na'

Flora se fue ligero
y estuvo de vuelta en un suspirar
estaba cansada y triste
cuando al marido comenzó a hablar:

Ceferino pobre destino
el doctor no estaba allá
hoy es domingo y hay ternera
en la hacienda "El Lodazal"
yo pase por la botica
y el boticario no dijo na'
tan sólo que en su botica
no hay medicina sin llevá real
tan sólo que en su botica
no hay medicina sin llevá real

El ambiente era sudoroso
y simplemente conmovedor
Ceferino, tembloroso, con voz profunda
le dijo a Flora la de su amor:

Anda negra, por vida tuya
regrésate al caserío
anda a la Iglesia y búscate al cura
que me quiero confesar
llévate a Luis Venancio
y deja a Reinaldo que es el mayor,
quiero que me prometa
que ante la ofensa será un varón
que aunque las manos sean rudas
nunca endurezca su corazón

El doloroso camino
fue hecho en un santiamén
Verano de calenturas
No sólo se seca el árbol,
se seca el hombre también
(entre chipo y demagogia
que le chupa sangre y miel)
verano de calentura
lleva en su piel la mujer
Camino donde se muere
sin que se vuelva a nacer.
Verano de calentura... dura... dura
hasta la aguazón

El Padre Gonzaga
párroco de San Juan de Tapirama
entra a la casa y sudoroso
da el saludo consabido:
¿Para qué soy bueno hijito mio?
No, no, no me beses la mano
que eso en vez de fe,
es mala costumbre
y en lugar de hacer más grande a Dios
lo disminuye

La silbante voz de Ceferino
se hacía más pequeña
por la tos Bolivariana
Como si le clavaran en el huesudo pecho
todos los dolores de la Patria

Padre voy a serle franco
no creí que usted viniera
hoy viene el Gobernador
y habrá ternera en su hacienda
y seguro lo invitó pa' que con ellos comiera
¿Aunque no sé a quién invitan
si es al cura o a la iglesia?
Unteme el aceite Padre,
el purísimo aceite del señor
No me imponga Padre Nuestro
porque el poquito de voz
la guardo pa' preguntarle
algo que me quema adentro
más adentro que la tos:

¿Por qué los mercaderes del templo
aumentan más que los panes de Jesús?
¿Qué quiere decir bienaventurados
que lo de pobre me lo sé yo?
¿Qué quiere decir bienaventurados...
Con ira indigna de un siervo de Dios,
le pregunto a Jesús a cada rato
si Don Olivares no será más bien su cazador
Y por más que le doy vueltas
nunca me puedo explicar
que en las Sagradas Escrituras
de la casa comunal
sólo comulguen señores de alta propiedad.
Yo no creo que sea tan grande
el pecado en levantar
sino en creer en falsos testimonios.

Perdóneme Padre por creer
que la noche más bella
está en los ojos de Flora
y cada noche, desùés del tercer Ave María
su olor de hembra me enamora
y encuentro a Dios en su vientre.

Hasta el cuartucho llegaba
el lloriqueo de Reinaldo y Luis Venancio
y un olorcito a café
que se asentaba en el cántaro
Los bellos ojos de Flora
enrojecidos por el humo y el llanto
escudriñaban el cielo, rogando, rogando.

Padre Nuestro que estás en los cielos,
no permitas que se muera
es agua de mi limonero
y es semilla de mi tierra
Santa Madre inmaculada
quizás por mujer me entiendas
que los dolores del mundo
son mayores en la hembra
que los dolores del mundo...

Ya no veo los colores
me huele a tierra mojada
Flora dame tus manitas
que tengo frío en la sangre
dame un poco de agua dulce
de tu boca colorada.
Y usted perdóneme Padre
pero no me mata Dios
sino que me mata el hambre
pero no me mata Dios...

El Padre Gonzaga sintió en la cara
la otra verdad del Evangelio.
No la que duerme santificada
en el Antiguo Testamento
sino la que amorosa de Dios
entre los hombres
lucha codo a codo con su pueblo.

No podría contestarte,
ni perdonarte tampoco
no hay pecado en tus preguntas
hechas por todos nosotros
quiero preguntar contigo
gritar desde la raíz
¿por qué mueren tan temprano
los campesinos de mi país?,
¿por qué mueren tan temprano
los campesinos de mi país?,

Flora et Ceferino

Vas-y Flora, selle la mule
et file au village
Dis au doc que ma toux me presse
et que j'ai des frissons
J'ai peur de mourir
et de te laisser, Flora, dans la solitude
si seule avec deux gamins
et un petit champ qui ne donne rien
si seule avec deux gamins
et un petit champ qui ne donne rien

Flora est partie vite
et elle est revenue en un clin d'œil
Elle était fatiguée et triste
quand elle a commencé à parler à son mari :

Ceferino, pauvre destin
le docteur n'était pas là
Aujourd'hui c'est dimanche et il y a du veau
à la ferme "El Lodazal"
Je suis passé par la pharmacie
et le pharmacien n'a rien dit
juste que dans sa pharmacie
il n'y a pas de médicaments sans payer
juste que dans sa pharmacie
il n'y a pas de médicaments sans payer

L'atmosphère était moite
et simplement émouvante
Ceferino, tremblant, d'une voix profonde
a dit à Flora, celle qu'il aime :

Vas-y ma noire, pour ta vie
retourne au village
va à l'église et cherche le curé
car je veux me confesser
Emmène Luis Venancio
et laisse Reinaldo qui est l'aîné,
je veux qu'il me promette
qu'en cas d'offense, il sera un homme
que même si les mains sont rugueuses
il ne durcisse jamais son cœur

Le chemin douloureux
fut fait en un rien de temps
Été de fièvres
Non seulement l'arbre se dessèche,
l'homme se dessèche aussi
(entre chipo et démagogie
qui lui suce le sang et le miel)
été de fièvre
porte sur sa peau la femme
Chemin où l'on meurt
sans jamais renaître.
Été de fièvre... dure... dure
jusqu'à l'agonie

Le Père Gonzaga
curé de San Juan de Tapirama
entre dans la maison et en sueur
fait le salut habituel :
À quoi bon, mon petit ?
Non, non, ne m'embrasse pas la main
car ça au lieu de foi,
c'est une mauvaise habitude
et au lieu de grandir Dieu
ça le diminue

La voix sifflante de Ceferino
devenait de plus en plus petite
à cause de la toux bolivarienne
Comme si l'on lui enfonçait dans la poitrine osseuse
tous les douleurs de la Patrie

Père, je vais être franc
je ne pensais pas que vous viendriez
aujourd'hui vient le Gouverneur
et il y aura du veau dans sa ferme
et il vous a sûrement invité pour manger avec eux
Mais je ne sais pas qui ils invitent
si c'est le curé ou l'église ?
Mettez-moi de l'huile, Père,
l'huile purissime du Seigneur
Ne m'imposez pas, Notre Père
car le peu de voix
je le garde pour vous demander
quelque chose qui me brûle à l'intérieur
plus à l'intérieur que la toux :

Pourquoi les marchands du temple
augmentent plus que les pains de Jésus ?
Que veut dire bienheureux
car ce qui est pauvre, je le sais ?
Que veut dire bienheureux...
Avec une colère indigne d'un serviteur de Dieu,
je demande à Jésus à chaque instant
si Don Olivares ne serait pas plutôt son chasseur
Et peu importe combien je tourne
je ne peux jamais expliquer
que dans les Saintes Écritures
de la maison communale
seules communient des seigneurs de haute propriété.
Je ne crois pas que ce soit si grand
le péché de lever
mais de croire en de faux témoignages.

Pardonnez-moi, Père, de croire
que la plus belle nuit
est dans les yeux de Flora
et chaque nuit, après le troisième Je vous salue Marie
son odeur de femme m'envoûte
et je trouve Dieu dans son ventre.

Jusqu'au petit réduit arrivait
le pleur de Reinaldo et Luis Venancio
et une petite odeur de café
qui se posait dans le pot
Les beaux yeux de Flora
rougis par la fumée et les larmes
scrutaient le ciel, priant, priant.

Notre Père qui es aux cieux,
ne permets pas qu'elle meure
c'est l'eau de mon citronnier
et c'est la semence de ma terre
Sainte Mère immaculée
peut-être que par femme tu comprends
que les douleurs du monde
sont plus grandes chez la femme
que les douleurs du monde...

Je ne vois plus les couleurs
ça sent la terre mouillée
Flora, donne-moi tes petites mains
car j'ai froid dans le sang
donne-moi un peu d'eau douce
de ta bouche colorée.
Et vous, pardonnez-moi, Père
mais ce n'est pas Dieu qui me tue
c'est la faim qui me tue
mais ce n'est pas Dieu...

Le Père Gonzaga sentit sur son visage
l'autre vérité de l'Évangile.
Pas celle qui dort sanctifiée
dans l'Ancien Testament
mais celle qui, amoureuse de Dieu
entre les hommes
lutte côte à côte avec son peuple.

Je ne pourrais pas te répondre,
ni te pardonner non plus
il n'y a pas de péché dans tes questions
posées par nous tous
je veux demander avec toi
crier depuis la racine
Pourquoi meurent si tôt
les paysans de mon pays ?
Pourquoi meurent si tôt
les paysans de mon pays ?

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