395px

Le Remate

Argentino Luna

El Remate

Falta el aire, y sobran moscas este domingo de enero
El Sol fríe las chicharra duerme un matungo azulejo
Algunos pollos con árganas están de picos abiertos
Por los charquitos de sombra hay unas guachas bebiendo
Por los caminos calientes cruza la siesta en su lerdo
Ojos azules de cardo curiosean desde lejos
Y asoman por las goteras, ojos azules de cielo
Todo es dulce de tan pobre
Frente al rancho de estanteo
Que está con los cuatro codos deshilachados de tiempo
Subasta un rematador, las pilchas de un criollo viejo
Hay muchos interesados, son vecinos todos ellos
Muchachos que hasta hace poco le llamaban el abuelo
Recostao en el palenque los mira tristón el viejo
Han ido a comprar barato cosas que no tienen precio
Y piensa con amargura, ya no da criollos el tiempo
¡Que vale este par de espuelas!
Y las rodajas de fierro son como dos lagrimones
Que llorasen por su dueño
Con ellas salió a ganar hace ya muchos inviernos
La novia en un bagual blanco, la vida en un bagual negro
Los mozos suben la oferta, doy 10, 15, 20 pesos!
Diputan como caranchos el corazón del abuelo
Al escucharlos se pone rojo de vergüenza el cielo
Son suyas las nazarenas!, dice a uno el martillero
Le han vendido las lloronas, hoy por desgracia hoy tan luego
Que en el palenque la vida ató su bagual más negro
Y piensa con amargura, ya no da criollos el tiempo

Sacan a la venta un poncho, ande garúan los flecos
Para mojarle los ojos al que se lo lleve puesto
Tiene la boca zurcida, y lo gastó tanto el tiempo
Que al trasluz del calamaco se ve la historia del dueño
Guampas chuzas y facones lo cribaron de agujeros
Pero su filosofía siempre le puso un remiendo
De día con un celeste, de noche con un lucero
Yo pago por esa pilcha tuita la plata que tengo!
Subo una onza la oferta!, ¡si no hay quien de más lo quemo!
Y entonces cae el martillo en lo duro del silencio
Un mozo se lleva el poncho y allí cerca el gaucho viejo
Esta temblando de frío en una tarde de enero
Y piensa con amargura, ya no da criollos el tiempo!

Así pierde en la bajada lo que gano en el repecho
Una a una las ovejas, pilcha por pilcha, el apero
Quisiera salvar del lote su mancarrón azulejo
Pa' que lo agarre la noche en un caballo estrellero
No tiene más que uno, y ése, se lo quema el martillero

Allí termina el remate, cobró su cuenta el pulpero
¡ Aura si! Al verlo de a pie, tan amargao tan desecho
Todos los rumbos arrollan los lazos de los senderos
Y son cuatro pialadores, que están esperando al viejo
Que en cuanto quiera salir, lo van a dar contra el suelo

Entonces aquellos mozos se acercan a defenderlo
Y el más ladino le dice entre temblón y risueño
Todos compramos sus pilchas, pa' salvárselas abuelo
Aquí tiene sus espuelas, aquí tiene su azulejo
Otro le trae es sus brazos, igual que a un niño el apero
Otro le entibia las manos con aquel poncho de flecos
Y otro que no compro nada, le estampa una frente un beso
Porque sigue dando criollos, ¡muy lindos criollos el tiempo!

Le Remate

Il manque de l'air, et il y a trop de mouches ce dimanche de janvier
Le soleil fait frémir, la cigale dort, un gros oiseau bleu
Quelques poules avec des maladies ont le bec ouvert
Près des flaques d'ombre, des gamines sont en train de boire
Sur les chemins brûlants, la sieste traîne lentement
Des yeux bleus de chardon regardent de loin
Et apparaissent par les gouttières, des yeux bleus de ciel
Tout est doux de tant de pauvreté
Devant la cabane en bois
Qui a les quatre coins effilochés par le temps
Un enchérisseur met aux enchères les affaires d'un vieux créole
Il y a beaucoup d'intéressés, ce sont tous des voisins
Des gars qui, il n'y a pas si longtemps, l'appelaient le grand-père
Adossé à la barrière, le vieux les regarde tristement
Ils sont venus acheter pas cher des choses qui n'ont pas de prix
Et il pense avec amertume, le temps ne donne plus de créoles
Combien valent ces éperons !
Et les rondelles de fer sont comme deux grosses larmes
Qui pleureraient pour leur propriétaire
Avec elles, il est sorti pour gagner il y a déjà de nombreux hivers
La fiancée sur un cheval blanc, la vie sur un cheval noir
Les jeunes augmentent l'enchère, je donne 10, 15, 20 pesos !
Ils disputent comme des vautours le cœur du grand-père
En les entendant, le ciel devient rouge de honte
Elles sont à lui, les nazaréennes !, dit un enchérisseur
Ils lui ont vendu les pleureuses, aujourd'hui, hélas, si tôt
Que dans la barrière, la vie a attaché son cheval le plus noir
Et il pense avec amertume, le temps ne donne plus de créoles

Ils mettent en vente un poncho, où les franges sont mouillées
Pour faire pleurer celui qui le porte
Il a la bouche raccommodée, et le temps l'a tant usé
Qu'à la lumière du calamaco, on voit l'histoire du propriétaire
Des cornes, des couteaux et des facons l'ont criblé de trous
Mais sa philosophie lui a toujours mis un patch
De jour avec un bleu, de nuit avec une étoile
Je paie pour ce vêtement tout l'argent que j'ai !
J'augmente l'enchère d'une once !, s'il n'y a personne de plus, je le brûle !
Et alors le marteau tombe dans le silence lourd
Un jeune prend le poncho et là près, le vieux gaucho
Tremble de froid un après-midi de janvier
Et il pense avec amertume, le temps ne donne plus de créoles !

Ainsi il perd dans la descente ce qu'il a gagné dans la montée
Une à une les brebis, vêtement par vêtement, le matériel
Il voudrait sauver de la vente son cheval bleu
Pour que la nuit le prenne sur un cheval étoilé
Il n'en a qu'un, et celui-là, l'enchérisseur le brûle

Là se termine la vente, le marchand a encaissé son dû
Ah oui ! En le voyant debout, si amer, si abattu
Tous les chemins écrasent les liens des sentiers
Et ce sont quatre lassoïstes qui attendent le vieux
Dès qu'il veut sortir, ils vont le faire tomber au sol

Alors ces jeunes s'approchent pour le défendre
Et le plus rusé lui dit entre tremblement et sourire
Nous avons tous acheté ses affaires, pour les lui sauver, grand-père
Voici vos éperons, voici votre bleu
Un autre lui apporte dans ses bras, comme un enfant, le matériel
Un autre lui réchauffe les mains avec ce poncho à franges
Et un autre qui n'a rien acheté, lui dépose un baiser sur le front
Parce qu'il continue à donner des créoles, de très beaux créoles, le temps !

Escrita por: