El Malevo
Yo no atrancaba la puerta de mi rancho
Ni durmiendo
¿Pa' qué?
Si al lao de ajuera
Por malo que juese el tiempo
La enrrejaba de colmillos
El coraje de mi perro
Cimarrón, medio atigrao
Lo hallé perdido en las sierras
Boqueandondo de agusanao
Malo como manga 'é piedras
Tuve que traerlo enlazao
Para curarle las bicheras
Y ahí se quedó aquerenciao
Compañero de horas lerdas
Trotando abajo el estribo
Ni calculaba las leguas
Y en donde aflojaba cincha
Se echaba a cuidar mis priendas
Eso sí, muy delicao
Manosearlo ni le cuento
Se ponía de ojo extraviao
Y se le erizaba el pelo
Con que tenía bien ganao
Su apelativo: El Malevo
Que animal capacitao
Pal trabajo en campo abierto
Había que verlo al mentau
Trajinando en un rodeo
De ser cristiano
Clavao era doctor ese perro
¿Yo echar tropilla al corral?
Le chiflaba entre los dedos
Y embretao en el chiflido
Me los traiva clina al viento
Y era un abrojo prendido
A los garrones del trueno
Una vez bandeando tropa
Con mucho agua en el Río Negro
Caí quebrao de un apretón
Entre un remolino 'é cuernos
Y me ganó la mollera
La oscuridá' y el silencio
Cuando volví a abrir los ojos
Cruzaba una nube el cielo
Gemidos y lambetazos
Llegaban como de lejos
Redepente compriendí
Medio me senté en el suelo
Para entregarle las gracias
Hermano de esta te quedo debiendo
No me halla ni el pan bendito
Si no me sacás, Malevo
Y una inmensa gratitud
Se me atracó en el garguero
Bueno, la cosa pasó
Yo dentre pa'l casamiento
Hice el horno, la cocina
Mi rancho estiró un alero
Y en su chúcara clinera
Charqueó el arroró y el reso
A los dos años
Gateaba mi gurí sobre un pelego
O andaba por el guardapatio
Priendido a la cruz del perro
Porque él, me le sacó
Las cosquillas al Malevo
Lo habrá tomao por cachorro
De su cría el pendenciero
Le soportaba imprudencias
Se priestaba pa' sus juegos
Y ande amenazaba a caerse
Se le echaba bajo el cuerpo
La cosa jué tan de golpe
Que hasta me parece cuento
Fue después de un mediodía
Como pa' fines de enero
Yo me había echao en el catre
Pa' descabezar un sueño
La patrona trajinaba
Proceando con el borrego
Y un redepente aquel grito
Como de terror, Rosendo
Y ya me pelé pa'l patio
Manotiando un caronero
Ella estaba contra el horno
Tartamudeando en silencio
Tenía el gurisito alzao
Tembloroso contra el pecho
Y avanzando agazapao
Como una fiera, mi perro
Enseñaba unos colmillos como puñales
Los pelos se le habían puesto de un modo
Que costaba conocerlo
Y en la brasa de sus ojos
Se habían quemau los recuerdos
De un salto me le puse en frente
Le pegué el grito, Malevo
Le vi soltar una baba
Está rabioso Rosendo
No te me acerqués hermano
No te me acerqués hermano
Echa pa' tras, echa pa' tras
Juera perro
Redepente me saltó
Ladié pa' un costao el cuerpo
Y sentí como que la mano
Le topaba contra el pecho
Y cayó, casi sin ruido
Como una jerga en el suelo
Cuando lo miré
Los ojos se le habían puesto muy buenos
Como dándome las gracias
Se le acortaba el resuello
Se arrastró, lamió mis pieses
Y me brotó un lagrimeo
No tenía pa' elegir
Hermano tabas enfermo
Jué por el cachorro, ¿sabés?
De no, no lo hubiera hecho
Meneó la cola una vez, dos veces
Y quedó muerto
Por eso es que desde entonces
No me gusta tener perro
Y cuando voy de a caballo
Me parece que lo siento
Seguir abajo el estribo
Trote y trote por el tiempo
Le Malevo
Je ne fermais jamais la porte de ma ferme
Même en dormant
Pourquoi faire ?
Si dehors
Peu importe le temps qu'il faisait
Elle était gardée par les crocs
Le courage de mon chien
Cimarrón, un peu sauvage
Je l'ai trouvé perdu dans les montagnes
Bavant de soif
Mauvais comme un tas de pierres
J'ai dû le ramener attaché
Pour lui soigner les blessures
Et là, il est resté fidèle
Compagnon des heures lentes
Trottinant sous l'étrier
Je ne calculais pas les lieux
Et là où la sangle lâchait
Il se mettait à garder mes affaires
Ça, c'était délicat
Je ne te raconte même pas
Il avait un regard égaré
Et ses poils se hérissaient
Avec ça, il avait bien gagné
Son surnom : Le Malevo
Quel animal doué
Pour le travail en plein champ
Il fallait le voir à l'œuvre
Travaillant dans un troupeau
Pour être chrétien
Ce chien était un vrai docteur
Je devais rassembler le troupeau ?
Je sifflotais entre mes doigts
Et au son du sifflet
Il me les amenait inclinés au vent
Et c'était un épineux accroché
Aux jarrets du tonnerre
Une fois, en rassemblant le troupeau
Avec beaucoup d'eau dans le Río Negro
Je suis tombé, coincé dans un tourbillon
Entre un tourbillon de cornes
Et j'ai perdu connaissance
Dans l'obscurité et le silence
Quand j'ai rouvert les yeux
Un nuage traversait le ciel
Des gémissements et des léchouilles
Arrivaient comme de loin
Soudain, j'ai compris
Je me suis assis sur le sol
Pour lui exprimer ma gratitude
Frère, je te dois ça
Je ne trouve même pas le pain béni
Si tu ne me sors pas, Malevo
Et une immense gratitude
S'est bloquée dans ma gorge
Bon, l'affaire s'est passée
Je suis allé au mariage
J'ai fait le four, la cuisine
Ma ferme a étendu un auvent
Et dans son petit coin
Il a séché le ragoût et le reste
Deux ans plus tard
Mon petit rampait sur un tapis
Ou traînait dans la cour
Accroché à la croix du chien
Parce que lui, il lui a fait
Des chatouilles au Malevo
Il l'a pris pour un chiot
De sa portée le bagarreur
Il supportait ses imprudences
Se prêtait à ses jeux
Et quand il menaçait de tomber
Il se mettait sous son corps
La chose s'est passée si vite
Que ça me semble un conte
C'était après un midi
Vers la fin janvier
Je m'étais allongé sur le lit
Pour couper un sommeil
La patronne s'affairait
À s'occuper du mouton
Et soudain ce cri
Comme de la terreur, Rosendo
Et déjà je me suis précipité dans la cour
Agitant un bâton
Elle était contre le four
Bégayant en silence
Elle tenait le petit
Tremblant contre sa poitrine
Et avançant accroupi
Comme une bête, mon chien
Montrait des crocs comme des poignards
Ses poils s'étaient dressés d'une manière
Qu'on avait du mal à le reconnaître
Et dans la braise de ses yeux
Les souvenirs s'étaient brûlés
D'un bond, je me suis mis devant lui
Je lui ai crié, Malevo
Je l'ai vu lâcher de la salive
Il est enragé, Rosendo
Ne t'approche pas frère
Ne t'approche pas frère
Recule, recule
Sors de là, chien
Soudain, il m'a sauté dessus
J'ai incliné le corps sur le côté
Et j'ai senti comme si la main
Le touchait contre la poitrine
Et il est tombé, presque sans bruit
Comme un chiffon sur le sol
Quand je l'ai regardé
Ses yeux étaient redevenus bons
Comme me remerciant
Sa respiration se raccourcissait
Il s'est traîné, a léché mes pieds
Et des larmes m'ont monté aux yeux
Je n'avais pas le choix
Frère, tu étais malade
C'était à cause du chiot, tu sais ?
Sinon, je ne l'aurais pas fait
Il a remué la queue une fois, deux fois
Et il est resté mort
C'est pourquoi depuis ce jour
Je n'aime pas avoir de chien
Et quand je monte à cheval
J'ai l'impression de le sentir
Continuer sous l'étrier
Trotte et trotte à travers le temps