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Courants

Carlos Gardel

Corrientes

La ciudad dormía majestuosamente
En la quietud de la noche
Como una agonía, como un reproche
Un alma en pena cantaba así

Corrientes calle nocturna
De milongas, calaveras y gente bien
En tu calle de vicios y de orgía
Maté mis alegrías, mi único edén

Corrientes calle de vicios
Donde ilusa marchité mi juventud
Entre el brillo de tus luces esplendentes
Mareada y sonriente, perdí mi juventud

Y una más que vaga sola
Sola y triste con mi pena
Arrastrando una cadena
De amargura y sinsabor

Más yo no culpo a ninguno
Sufro sola mi caída
Y a cada paso mi vida
Llora de angustia y dolor

Corrientes calle de vicios
Una noche me embriagaste con tu mal
Y fue tanto el veneno que me diste
Que nadie resista tu brillo fatal

Corrientes calle maldita
No te cambio jamás por mi arrabal
Aunque a veces quisiera abandonarte
No puedo dejarte, calle de mi mal

Como siento por mis viejos
Mi hogar, mis hermanitos
Que de pena probrecitos
Sufren lo mismo que yo
Ya mi honor y la vergüenza

Para siempre la he perdido
Y hasta mi carne he vendido
Para que hablar del pudor!

Courants

La ville dormait majestueusement
Dans le calme de la nuit
Comme une agonie, comme un reproche
Une âme en peine chantait ainsi

Courants, rue nocturne
De milongas, de crânes et de gens bien
Dans ta rue de vices et d'orgies
J'ai tué mes joies, mon unique paradis

Courants, rue des vices
Où, naïve, j'ai flétri ma jeunesse
Entre l'éclat de tes lumières éclatantes
Étourdie et souriante, j'ai perdu ma jeunesse

Et une autre qui erre seule
Seule et triste avec ma peine
Traînant une chaîne
D'amertume et de désespoir

Mais je ne blâme personne
Je souffre seule ma chute
Et à chaque pas, ma vie
Pleure d'angoisse et de douleur

Courants, rue des vices
Une nuit, tu m'as enivrée avec ton mal
Et c'était tant le poison que tu m'as donné
Que personne ne résiste à ton éclat fatal

Courants, rue maudite
Je ne te troquerai jamais pour mon quartier
Bien que parfois je voudrais t'abandonner
Je ne peux te quitter, rue de mon mal

Comme je ressens pour mes vieux
Mon foyer, mes petits frères
Qui, de peine, pauvres petits
Souffrent comme moi
Déjà mon honneur et la honte

Pour toujours, je les ai perdus
Et même ma chair, je l'ai vendue
Et que dire de la pudeur!

Escrita por: Jorge Curi, Ángel Félix Danesi