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Sentiment de Gaucho

Carlos Gardel

Sentimiento Gaucho

En un viejo almacén del Paseo Colón
Donde van los que tienen perdida la fe
Todo sucio, harapiento, una tarde encontré
A un borracho sentado en oscuro rincón
Y al mirarlo sentí una profunda emoción
Porque en su alma un dolor secreto adivine
Y, sentándome cerca, a su lado, le hable
Y él, entonces, me hizo esta fiel confesión
Ponga, amigo, atención

Sabe que es condición de varón el sufrir
La mujer que yo quería con todo mi corazón
Se me ha ido con un hombre que la supo seducir
Y, aunque al irse mi alegría tras de ella se la llevo
No quisiera verla nunc, que en la vida sea feliz
Con el hombre que la tiene pa su bien, o que sé yo
Porque todo aquel amor que por ella yo sentí
Lo corto de un solo tajo con el filo'e su traición

Pero inútil, no puedo, aunque quiera, olvidar
El recuerdo de la que fue mi único amor
Para ella ha de ser como el trébol de olor
Que perfuma al que la vida le va a arrancar
Y, si acaso algún día quisiera volver
A mi lado otra vez, yo la he de perdonar
Si por celos a un hombre se puede matar
Se perdona cuando habla muy fuerte el querer
A cualquiera mujer

Sentiment de Gaucho

Dans un vieux bar du Paseo Colón
Où vont ceux qui ont perdu la foi
Tout sale, en haillons, un après-midi j'ai trouvé
Un ivrogne assis dans un coin sombre
Et en le regardant, j'ai ressenti une profonde émotion
Car dans son âme, j'ai deviné une douleur secrète
Et, m'asseyant près de lui, à ses côtés, je lui ai parlé
Et lui, alors, m'a fait cette confession sincère
Écoute, mon ami, attentivement

Sache que c'est la condition d'un homme de souffrir
La femme que j'aimais de tout mon cœur
Est partie avec un homme qui a su la séduire
Et, bien qu'en partant, ma joie elle l'a emportée
Je ne voudrais jamais la voir, qu'elle soit heureuse dans la vie
Avec l'homme qui l'a, pour son bien, ou je ne sais quoi
Car tout cet amour que pour elle j'ai ressenti
A été tranché d'un seul coup par le tranchant de sa trahison

Mais c'est inutile, je ne peux, même si je le veux, oublier
Le souvenir de celle qui fut mon unique amour
Pour elle, ça doit être comme le trèfle odorant
Qui embaume celui que la vie va arracher
Et, si un jour elle voulait revenir
À mes côtés encore, je la pardonnerai
Si par jalousie un homme peut être tué
On pardonne quand l'amour parle très fort
À n'importe quelle femme.

Escrita por: J. A. Caruso F. y R. Canaro