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Bitter Drink

Carlos Gardel

Trago Amargo

Arrímese al fogón, Viejita aquí a mi lado
Y encienda un cimarrón para que dure largo
Atráquele esa astilla, que el fuego se ha apagado
Remueva aquella brasa y cébeme un amargo

Alcance esa guitarra de cuerdas empolvadas
Que tantas veces ella besó su diapasón
Y arránquele la cinta donde la desalmada
Bordó con sus engaños mi gaucho corazón

Usted lo recuerda, madrecita santa
Como la quería, como yo la amé
Que puse mi vida, mi daga y mi manta
Y sin embargo, madre, la ingrata se fue
Apague esa leña, que mi vista daña
Los ojos me lloran, yo no sé por qué
Pues quiero olvidarla, ahogándome en caña
Y quiero estar cerca, cerquita de usted

No llore, madre santa, no aumente más mi pena
Y séquese esas lágrimas que me hacen tanto mal
Y cébeme otro amargo y ponga yerbabuena
Y mientras yo a la caña le pongo otro bozal
Después cuando en la noche mermen los amargos
Y se oiga allá a lo lejos el toque de oración
Inclínese a la virgen de los desamparados
Y a mi pobre guitarra, colóquele un crespón

Usted lo recuerda, madrecita santa

Bitter Drink

Approchez-vous du feu, vieille dame à mes côtés
Et allumez un cigare pour que ça dure longtemps
Ajoutez cette bûche, le feu s'est éteint
Remuez cette braise et préparez-moi un amer

Prenez cette guitare aux cordes poussiéreuses
Qu'elle a tant de fois embrassée sur son manche
Et déchirez le ruban où la sans-cœur
A brodé avec ses mensonges mon cœur de gaucho

Vous vous en souvenez, sainte mère
Comme je l'aimais, comme je l'ai aimée
J'ai mis ma vie, mon poignard et ma couverture
Et pourtant, mère, l'ingrate est partie
Éteignez ce bois, ça me fait mal aux yeux
Mes yeux pleurent, je ne sais pas pourquoi
Car je veux l'oublier, en m'étouffant dans l'alcool
Et je veux être près, tout près de vous

Ne pleurez pas, sainte mère, n'augmentez pas ma peine
Et essuyez ces larmes qui me font tant de mal
Et préparez-moi un autre amer et mettez de la menthe
Et pendant que je mets un autre muselière à l'alcool
Après, quand la nuit viendra et que les amers diminueront
Et qu'on entendra au loin le son de la prière
Inclinez-vous devant la vierge des démunis
Et à ma pauvre guitare, mettez un crêpe

Vous vous en souvenez, sainte mère

Escrita por: J. Navarrine / R. Iriarte