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Los ojos de Elsa

Claveau André

Les yeux d'Elsa

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

A l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés
Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure
Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le cœur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Ecarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

...Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
O paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes...

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

Los ojos de Elsa

Tus ojos son tan profundos que al inclinarme para beber
Vi todos los soles venir a reflejarse en ellos
Y lanzarse a morir todos los desesperados
Tus ojos son tan profundos que pierdo la memoria en ellos

A la sombra de los pájaros es el océano turbulento
Luego el buen tiempo de repente surge y tus ojos cambian
El verano corta la nube con el delantal de los ángeles
El cielo nunca es tan azul como sobre los trigales
Los vientos persiguen en vano las penas del azul
Tus ojos más claros que él cuando una lágrima brilla en ellos
Tus ojos hacen celoso al cielo después de la lluvia
El vidrio nunca es tan azul como en su quiebre
Madre de los Siete dolores, oh luz mojada
Siete espadas han atravesado el prisma de los colores
El día es más conmovedor que se abre entre lágrimas
El iris agujereado de negro más azul por estar de luto

Tus ojos en la desgracia abren la doble brecha
Por donde se reproduce el milagro de los Reyes
Cuando el corazón latiendo vieron los tres
El manto de María colgado en el pesebre

Una boca es suficiente en mayo para las palabras
Para todas las canciones y para todos los lamentos
Demasiado poco un firmamento para millones de astros
Necesitaban tus ojos y sus secretos gemelos

El niño absorbido por las bellas imágenes
Abre mucho menos los suyos desmesuradamente
Cuando haces los ojos grandes no sé si mientes
Parece que el aguacero abre flores salvajes

{{...¿Esconden relámpagos en esta lavanda donde
Los insectos deshacen sus amores violentos?
Estoy atrapado en la red de las estrellas fugaces
Como un marinero que muere en el mar en pleno agosto

He extraído este radio de la pechblenda
Y he quemado mis dedos en este fuego prohibido
Oh paraíso cien veces encontrado y perdido
Tus ojos son mi Perú, mi Golconda, mis Indias...}}

Sucedió que una hermosa noche el universo se rompió
En los arrecifes que los naufragadores incendiaron
Yo veía brillar sobre el mar
Los ojos de Elsa, los ojos de Elsa, los ojos de Elsa

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