395px

El Chueco Maciel

Daniel Viglietti

El Chueco Maciel

Por qué tu paso dolido
del norte hacia el sur,
el pie que no supo,
el pie que no supo
de risa o de luz?

Tu padre abandona la tierra
de Tacuarembó
buscando su tierra,
una tierra suya,
y nunca la halló.

Encuentra la triste basura
donde viven mil,
encuentra la muerte,
encuentra el silencio
de aquel cantegril.

El Chueco, redondos los ojos
y sin pizarrón,
mirando a la madre,
mirando al hermano,
aprende el dolor.

La luna, semana a semana,
lo ha visto vagar
armado de espuma,
buscando una orilla
como busca el mar.

El Chueco no sabe de orilla
ni sabe de mar,
él sabe de rabia,
de rabia que apunta
y no quiere matar.

Asalta el banco y comparte
con el cantegril,
como antes el hambre,
como antes el hambre,
comparte el botín.

Así les canto la historia
del Chueco Maciel,
suena la sirena,
suena la sirena,
ya vienen por él.

Los diarios publican dos balas,
son diez o son mil,
mil ojos que miran,
mil ojos que miran
desde el cantegril.

El chueco era un uruguayo
de Tacuarembó,
de paso dolido,
de paso dolido,
de paso dolido.

Los chuecos se junten bien juntos,
bien juntos los pies,
y luego caminen buscando la patria,
la patria de todos, la patria Maciel,
esta patria chueca que no han de torcer
con duras cadenas los pies todos juntos
hemos de vencer.

El Chueco Maciel

Pourquoi ton pas blessé
du nord vers le sud,
le pied qui ne savait pas,
le pied qui ne savait pas
ni de rire ni de lumière ?

Ton père abandonne la terre
de Tacuarembó
cherchant sa terre,
une terre à lui,
et il ne l'a jamais trouvée.

Il trouve la triste misère
où vivent mille,
il trouve la mort,
il trouve le silence
de ce cantegril.

El Chueco, les yeux ronds
et sans tableau,
regardant sa mère,
regardant son frère,
apprend la douleur.

La lune, semaine après semaine,
l'a vu errer
armé de mousse,
cherchant une rive
comme cherche la mer.

El Chueco ne sait rien de rive
ni rien de mer,
il sait de la rage,
de la rage qui vise
et ne veut pas tuer.

Il braque la banque et partage
avec le cantegril,
comme avant la faim,
comme avant la faim,
partage le butin.

Ainsi je chante l'histoire
d'El Chueco Maciel,
la sirène retentit,
la sirène retentit,
ils viennent déjà pour lui.

Les journaux publient deux balles,
sont dix ou sont mille,
mille yeux qui regardent,
mille yeux qui regardent
depuis le cantegril.

El Chueco était un Uruguayen
de Tacuarembó,
d'un pas blessé,
d'un pas blessé,
d'un pas blessé.

Les chuecos se rassemblent bien ensemble,
bien ensemble les pieds,
et ensuite marchent cherchant la patrie,
la patrie de tous, la patrie Maciel,
cette patrie tordue qu'ils ne plieront pas
avec de dures chaînes, tous les pieds ensemble
nous devons vaincre.

Escrita por: Daniel Viglietti