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Les pas qui évitent la Seine

Élise Noiret

Les quais restaient sous la brume
Dans une odeur d'amertume
Les réverbères du canal
Tombaient sur les murs pâles

Les péniches passaient très loin
Sous les nuages du matin
Et les terrasses du quartier
Vidaient leurs chaises mouillées

Un vieux chanteur sous le pont
Jouait sans faire attention
Quelques accords dans le vent
S'effaçaient lentement

Les pas qui évitent la Seine
Reviennent toujours quand même
Comme une blessure invisible
Qui traverse encore la ville

Les pas qui évitent la Seine
Glissent au bord des semaines
Et les lumières du matin
S'éloignent le long du chemin

Tu portais un long manteau noir
Avec des yeux couleur brouillard
Le bruit discret de tes talons
Suivait les murs du vieux pont

Une sirène au bord du port
Montait doucement dehors
Et les fenêtres des cafés
Brillaient sous les arbres mouillés

L'aube tombait sur les toits gris
Dans une fatigue de pluie
Et les derniers métros blancs
Traversaient le fleuve lentement

Les pas qui évitent la Seine
Traversent encore les peines
Comme un vertige magnifique
Sous les enseignes électriques

Les pas qui évitent la Seine
Habitent les rues anciennes
Et les nuages du réveil
Gardent la couleur du sommeil

Plus de voix près des rambardes
Seulement les bateaux qui passent
Et cette ville autour de nous
Qui continue malgré tout

Les pas qui évitent la Seine
Tombent encore dans la brume
Quand les premiers trains du nord
Traversent les lumières du port

Les pas qui évitent la Seine
Restent vivants dans mes veines
Comme une route abandonnée
Qu'on regarde sans retourner