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Cafétéria de Buenos Aires

Enrique Santos Discépolo

Cafetín de Buenos Aires

De chiquilín te miraba de afuera
Como a esas cosas que nunca se alcanzan
La ñata contra el vidrio
En un azul de frío
Que solo fue después, viviendo
Igual al mío
Como una escuela de todas las cosas
Ya de purrete me diste entre asombros
El cigarrillo
La fe en mis sueños
Y una esperanza de amor

Cómo olvidarte en esta queja
Cafetín de Buenos Aires
Si sos lo único en la vida
Que se pareció a mi vieja
En tu mezcla milagrosa
De sabihondos y suicidas
Yo aprendí filosofía... Dados... Timba
Y la poesía cruel
De no pensar más en mí

Me diste en oro un puñado de amigos
Que son los mismos que alientan mis horas
José, el de la quimera
Marcial, que aún cree y espera
Y el flaco Abel que se nos fue
Pero aún me guía
Sobre tus mesas que nunca preguntan
Lloré una tarde el primer desengaño
Me hice a las penas
Bebí mis años
Y me entregué sin luchar

En tu mezcla milagrosa
De sabihondos y suicidas
Yo aprendí filosofía, dados, timba
Y la poesía cruel
De no pensar más en mí

Cafétéria de Buenos Aires

Petite, je te regardais de l'extérieur
Comme ces choses qu'on n'atteint jamais
Le nez contre la vitre
Dans un bleu de froid
Qui n'est arrivé qu'après, en vivant
Comme le mien
Comme une école de toutes les choses
Dès tout petit, tu m'as donné des surprises
La cigarette
La foi en mes rêves
Et un espoir d'amour

Comment t'oublier dans ce cri
Cafétéria de Buenos Aires
Si tu es la seule chose dans ma vie
Qui ressemblait à ma mère
Dans ton mélange miraculeux
De sages et de suicidés
J'ai appris la philosophie... Dés... Jeux d'argent
Et la poésie cruelle
De ne plus penser à moi

Tu m'as donné en or une poignée d'amis
Qui sont les mêmes qui encouragent mes heures
José, celui de la chimère
Marcial, qui croit encore et espère
Et le maigre Abel qui nous a quittés
Mais qui me guide encore
Sur tes tables qui ne posent jamais de questions
J'ai pleuré un après-midi le premier désenchantement
Je me suis fait aux peines
J'ai bu mes années
Et je me suis donné sans lutter

Dans ton mélange miraculeux
De sages et de suicidés
J'ai appris la philosophie, dés, jeux d'argent
Et la poésie cruelle
De ne plus penser à moi

Escrita por: Enrique Santos Discépolo