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Fangal

Enrique Santos Discépolo

Fangal

Yo la vi que se venía en falsa escuadra,
se ladeaba, se ladeaba por el borde del fangal!..
¡Pobre mina que nació en un conventillo
con los pisos de ladrillos, el aljibe y el parral!
Alguien tiró la banana, que ella pisó sin querer,
y justito, cuando vi que se venía ya decúbito dorsal,
¡me la agarré!...

Fui un gil
porque creí que allí inventé el honor,
un gil
que alzó un tomate y lo creyó una flor.
Y sigo gil
cuando presumo que salvé el amor,
ya que ella fue
quien a trompadas me rompió las penas...
Ya ven,
volví a la mugre de vivir tirao.
¡Caray!
¡Si al menos me engrupiera de que la he salvao!...

(Esto dijo el "cusifai" mientras la "cosa"
retozaba, retozaba ya perdida en el fangal,
y él tomaba una ginebra desastrosa
entre curdas y malandras en la mesa de aquel bar...).
Si alguien tiró la banana, él, que era un gil, la empujó
y justito cuando vio que se venía ya decúbito dorsal,
¡se le prendió!...

Fangal

Yo l'ai vue venir en faux pas,
elle tanguait, tanguait au bord du fangal !..
Pauvre fille née dans un taudis
avec des sols en briques, le réservoir et la vigne !
Quelqu'un a balancé la banane, qu'elle a écrasée sans faire exprès,
et juste au moment où j'ai vu qu'elle tombait sur le dos,
j'ai sauté !...

J'étais un con
parce que je croyais avoir inventé l'honneur,
un con
qui a levé une tomate et l'a crue une fleur.
Et je reste con
quand je me vante d'avoir sauvé l'amour,
puisqu'elle a été
celle qui m'a cassé les couilles à coups de poing...
Vous voyez,
je suis retourné à la misère de vivre à l'arrache.
Putain !
Si au moins je pouvais me convaincre que je l'ai sauvée !...

(C'est ce que disait le "cusifai" pendant que la "chose"
s'ébat, s'ébat déjà perdue dans le fangal,
et lui sirotait un gin dégueulasse
entre ivrognes et malfrats à la table de ce bar...).
Si quelqu'un a balancé la banane, lui, qui était un con, l'a poussée
et juste au moment où il a vu qu'elle tombait sur le dos,
ça lui a brûlé !...

Escrita por: Enrique Santos Discépolo / Homero Expósito