395px

Los ojos de Elsa

Jean Ferrat

Les yeux d'Elsa

Tes yeux sont si profonds qu'en
Me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que
J'y perds la mémoire

A l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se
Lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme
Il l'est sur les blés
Les vents chassent en vain
Les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui
Lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le
Ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure
Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui
Point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus
Bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur
Ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le cœur battant ils
Virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et
Pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour
Des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux
Et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Ecarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je
Ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre
Des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en
Mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
O paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que
Les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux
D'Elsa les yeux d'Elsa

Los ojos de Elsa

Tus ojos son tan profundos que
Inclinarse para beber
Vi todos los soles venir y reflejarse allí
Toda la gente desesperada se lanza a morir
Tus ojos son tan profundos que
Estoy perdiendo mi memoria

A la sombra de los pájaros está el océano agitado
De repente llegó el buen tiempo
Ponte de pie y tus ojos cambiarán
El verano corta las nubes con el delantal de los ángeles
El cielo nunca es azul como
Esta en el trigo
Los vientos persiguen en vano
Las penas del azul
Tus ojos son más claros que los suyos
Cuando una lágrima brilla allí
Tus ojos dan celos
Cielo después de la lluvia
El vidrio nunca es tan azul como cuando se rompe
Madre de los Siete Dolores, oh luz húmeda
Siete espadas perforaron el prisma de colores
El día es más conmovedor que
Punto entre las lágrimas
El iris perforado por lo negro más
Azul de luto

Tus ojos en la desgracia
Abre la doble brecha
Donde se reproduce el milagro de los Reyes
Cuando el corazón late ellos
Los tres vieron
El manto de María colgaba en el pesebre

Una boca basta en el mes de mayo para las palabras
Para todas las canciones y
Para todos los ayes
Demasiado pequeño firmamento para
Millones de estrellas
Necesitaban tus ojos
Y sus secretos gemelos

El niño absorbido por bellas imágenes
Abre el suyo de forma menos desproporcionada
Cuando haces ojos grandes yo
No sé si estás mintiendo
Parece que el aguacero se está abriendo
flores silvestres

¿Están escondiendo rayos en esta lavanda donde...?
Los insectos deshacen sus amores violentos
Estoy atrapado en la red de estrellas fugaces
Como un marinero que muere en
Mar en pleno agosto

Saqué este radio de la pechblenda
Y me quemé los dedos en ese fuego prohibido
Oh paraíso encontrado cien veces perdido de nuevo
Tus ojos son mi Perú, mi Golconda, mis Indias

Ocurrió que una hermosa tarde el universo se rompió
En los arrecifes que
Los demoledores prendieron fuego a
Lo vi brillar sobre el mar
Los ojos de Elsa
De Elsa los ojos de Elsa

Escrita por: Jean Ferrat