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La bohème

Georges Guétary

La bohème

Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l'humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C'est là qu'on s'est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue

La bohème, la bohème
Ça voulait dire on est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu'un jour sur deux

Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d'y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l'hiver

La bohème, la bohème
Ça voulait dire tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie

Souvent il m'arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d'un sein
Du galbe d'une hanche
Et ce n'est qu'au matin
Qu'on s'asseyait enfin
Devant un café-crème
Epuisés mais ravis
Fallait-il que l'on s'aime
Et qu'on aime la vie

La bohème, la bohème
Ça voulait dire on a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l'air du temps

Quand au hasard des jours
Je m'en vais faire un tour
A mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d'un escalier
Je cherche l'atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts

La bohème, la bohème
On était jeunes, on était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout

La bohème

Te hablo de un tiempo
Que los menores de veinte años
No pueden conocer
Montmartre en aquel entonces
Colgaba sus lirios
Hasta debajo de nuestras ventanas
Y si el humilde cuarto
Que nos servía de nido
No parecía gran cosa
Fue allí donde nos conocimos
Yo que gritaba hambre
Y tú que posabas desnuda

La bohemia, la bohemia
Significaba que éramos felices
La bohemia, la bohemia
Solo comíamos un día sí y otro no

En los cafés vecinos
Éramos algunos
Que esperábamos la gloria
Y aunque éramos pobres
Con el estómago vacío
No dejábamos de creer en ello
Y cuando algún bistró
A cambio de una buena comida caliente
Nos tomaba una pintura
Recitábamos versos
Agrupados alrededor de la estufa
Olvidando el invierno

La bohemia, la bohemia
Significaba que eras hermosa
La bohemia, la bohemia
Y todos teníamos genio

A menudo me sucedía
Frente a mi caballete
Pasar noches en vela
Retocando el dibujo
De la línea de un seno
De la curva de una cadera
Y solo al amanecer
Nos sentábamos finalmente
Frente a un café con leche
Agotados pero felices
¿Cuánto nos amábamos
Y amábamos la vida?

La bohemia, la bohemia
Significaba que teníamos veinte años
La bohemia, la bohemia
Y vivíamos del aire del tiempo

Cuando al azar de los días
Voy a dar un paseo
A mi antigua dirección
Ya no reconozco
Ni las paredes, ni las calles
Que vieron mi juventud
En lo alto de una escalera
Busco el taller
Del cual ya no queda nada
En su nuevo decorado
Montmartre parece triste
Y los lirios están muertos

La bohemia, la bohemia
Éramos jóvenes, éramos locos
La bohemia, la bohemia
Ya no significa nada

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