La Loca de La Plaza
Te cuentan en buenos aires los jardineros con alma,
Que a esa dulce viejuchita, que a la loca de la plaza,
Le hicieron la plaza encima porque ella está allí sentada
Desde mucho tiempo antes que a la plaza inauguraran.
El sol le entibia las manos con pañuelitos naranjas
Y en sus párpados hay verjas y hay una luna cuadrada.
Por la noche le revuelven el corazón las estatuas
Y su amor hace una suelta de nostalgia enamorada.
La loca tiene la boca llena de niebla y, si canta,
Se suicida un organito dramático en su garganta
Repitiendo y repitiendo un viejo nombre, a mansalva,
Ese nombre que le deja fosforescente la cara.
Los caminitos placeros de lado a lado la pasan
Y le pasean por dentro las pibas enamoradas,
Entonces le queda toda la chifladura valseada
Y baila con el recuerdo del que no vino a buscarla.
Por eso tiene en el pecho glorietas abandonadas
Y hay un charquito tristongo que la ve, cada mañana,
Enterrar su propia sombra en un destello del agua
Dolida y cristianamente, como se entierra a una hermana.
Te cuentan, cuando se encurdan, los jardineros con alma
Que por esa viejuchita se han puesto negras corbatas
Porque hace mucho, esperando, se quedó muerta sentada,
Pero nadie se lo ha dicho a la loca de la plaza.
La Folle de la Place
On te raconte à Buenos Aires, les jardiniers avec âme,
Que cette douce vieille dame, la folle de la place,
A vu la place construite, car elle est là, assise
Depuis bien longtemps avant même l'inauguration.
Le soleil réchauffe ses mains avec des mouchoirs oranges
Et sur ses paupières, il y a des barreaux et une lune carrée.
La nuit, les statues lui retournent le cœur
Et son amour fait jaillir une nostalgie amoureuse.
La folle a la bouche pleine de brouillard et, si elle chante,
Un petit orgue dramatique se suicide dans sa gorge
Répétant encore et encore un vieux nom, à foison,
Ce nom qui lui laisse le visage phosphorescent.
Les petits chemins de la place la traversent de part en part
Et les filles amoureuses la promènent à l'intérieur,
Alors il lui reste toute la folie valsée
Et elle danse avec le souvenir de celui qui ne vient pas la chercher.
C'est pourquoi elle a dans le cœur des gloriettes abandonnées
Et il y a une petite flaque triste qui la voit, chaque matin,
Enterrer sa propre ombre dans un éclat d'eau
Douleur et chrétiennement, comme on enterre une sœur.
On te raconte, quand ils sont ivres, les jardiniers avec âme
Que pour cette vieille dame, ils ont mis des cravates noires
Car cela fait longtemps, attendant, qu'elle est restée morte assise,
Mais personne ne l'a dit à la folle de la place.
Escrita por: Horacio Ferrer, Daniel Hugo Piazzolla