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Désamour

Joan Manuel Serrat

Desamor

En su soledad, sentados frente a frente
A la hora de siempre y en la misma mesa
Café de por medio, la misma pareja
De mediana edad y pinta de buena gente

No les queda resto para otra jugada
Se torció el camino, se dio vuelta el viento
Les pudo el fracaso y el resentimiento
Y hoy son dos ejércitos en retirada

Ay desamor, desamor
Negro desamor, feroz desamor

Casi sin mirarla, él le habla de puntillas
Con frases muy cortas mientras ella niega
Con los ojos fijos en la taza y juega
Mecánicamente con la cucharilla

Se sacó del bolso tal vez un anillo
Lo tiró en el mármol y sonó a mentira
Él busca su mano y ella la retira
Con la excusa de encender un cigarrillo

Ay desamor, desamor
Negro desamor, feroz desamor

Qué triste se vê, qué lejos está
Tanto que olvidar y nada que decirse
Quién diría que un día también
Se quisieron y tal vez fueron felices

Mientras él, inmóvil, se quedó sentado
Ella muy despacio llegó hasta la puerta
Abriéndose paso entre las horas muertas
Y la indiferencia de los parroquianos

Y tras el cristal de la cafetería
Calle abajo la siguió con la mirada
Impotente, viendo cómo se alejaba
Sin volver la cara el último tranvía

Ay desamor, desamor
Negro desamor, feroz desamor

Qué triste se vê, qué lejos está
Tanto que olvidar y nada que decirse
Quién diría que un día también
Se quisieron y tal vez fueron felices

Y mañana la mujer de la limpieza
Junto a las colillas barrerá del suelo
Unos besos mustios y un mechón de pelo
Algo pisoteado por la clientela

Désamour

Dans sa solitude, assis face à face
À l'heure habituelle et à la même table
Café entre eux, le même couple
D'âge moyen et l'air de gens bien

Il ne leur reste plus rien pour une autre partie
Le chemin s'est tordu, le vent a tourné
L'échec et le ressentiment les ont eu
Et aujourd'hui, ce sont deux armées en retraite

Oh désamour, désamour
Désamour noir, désamour féroce

À peine en la regardant, il lui parle à voix basse
Avec des phrases très courtes tandis qu'elle refuse
Fixant la tasse, elle joue
Mécaniquement avec la cuillère

Elle a sorti de son sac peut-être une bague
Elle l'a jetée sur le marbre, ça a sonné faux
Il cherche sa main et elle la retire
Avec l'excuse d'allumer une cigarette

Oh désamour, désamour
Désamour noir, désamour féroce

Comme c'est triste à voir, comme c'est loin
Tant de choses à oublier et rien à se dire
Qui aurait cru qu'un jour aussi
Ils s'aimaient et qu'ils ont peut-être été heureux

Pendant qu'il, immobile, est resté assis
Elle, très lentement, s'est dirigée vers la porte
Se frayant un chemin parmi les heures mortes
Et l'indifférence des clients

Et derrière la vitre du café
Dans la rue, il l'a suivie du regard
Impuissant, voyant comment elle s'éloignait
Sans se retourner, le dernier tramway

Oh désamour, désamour
Désamour noir, désamour féroce

Comme c'est triste à voir, comme c'est loin
Tant de choses à oublier et rien à se dire
Qui aurait cru qu'un jour aussi
Ils s'aimaient et qu'ils ont peut-être été heureux

Et demain, la femme de ménage
Avec les mégots, balaiera le sol
Des baisers fanés et une mèche de cheveux
Quelque chose piétiné par la clientèle

Escrita por: Joan Manuel Serrat