Organito de la tarde
Al paso tardo de un pobre viejo
puebla de notas el arrabal,
con un concierto de vidrios rotos,
el organito crepuscular.
Dándole vueltas a la manija
un hombre rengo marcha detrás
mientras la dura pata de palo
marca del tango el compás.
En las notas de esa musiquita
hay no sé qué de vaga sensación
que el barrio parece
impregnarse todo de emoción.
Y es porque son tantos los recuerdos
que a su paso despertando va
que llena las almas con un gran deseo de llorar.
Y al triste son
de esa su canción
sigue el organito lerdo
como sembrando a su paso
más pesar en el recuerdo,
más calor en el ocaso.
Y allá se va
de su tango al son
como buscando la noche
que apagará su canción.
Cuentan las viejas que todo saben
y que el pianito junta a charlar
que aquel viejito tuvo una hija
que era la gloria del arrabal.
Cuentan que el rengo era su novio
y que en el corte no tavo igual...
Supo con ella, y en las milongas,
con aquel tango reinar.
Pero vino un día un forastero,
bailarín, buen mozo y peleador
que en una milonga
compañera y pierna le quitó.
Desde entonces es que padre y novio
van buscando por el arrabal
la ingrata muchacha
al compás de aquel tango fatal.
Organito de la tarde
Au pas lent d'un vieux pauvre
le quartier s'emplie de notes,
avec un concert de verres brisés,
l'organito crépusculaire.
En tournant la manivelle,
un homme boiteux marche derrière
pendant que la dure jambe de bois
marque le rythme du tango.
Dans les notes de cette petite musique
il y a je ne sais quoi de vague sensation
qui fait que le quartier semble
s'imprégner d'émotion.
Et c'est parce qu'il y a tant de souvenirs
qu'il réveille sur son passage
qui remplissent les âmes d'un grand désir de pleurer.
Et au triste son
de cette chanson
suit l'organito lent
comme semant sur son passage
plus de chagrin dans le souvenir,
plus de chaleur au crépuscule.
Et là il s'en va
au son de son tango
comme cherchant la nuit
qui éteindra sa chanson.
Les vieilles racontent, elles savent tout
et que le pianiste se regroupe pour discuter
que ce vieux monsieur avait une fille
qui était la gloire du quartier.
Elles disent que le boiteux était son fiancé
et qu'à la danse il n'était pas pareil...
Il a su avec elle, et dans les milongas,
avec ce tango régner.
Mais un jour est venu un étranger,
bailarín, beau gosse et bagarreur
qui dans une milonga
l'a emporté, elle et sa jambe.
Depuis ce jour, le père et le fiancé
cherchent dans le quartier
la ingrate jeune fille
au rythme de ce tango fatal.