Milonga Pa' Don Antonio
Yo lo he visto pasar
Y quién no, en el pago
Como una sombra pegao
A su hermano
Nunca vi cosa igual
Ni los adobes del rancho
Que los cobijó junto a su mama
Estuvieron tan pegados como ellos
Ni los ojos de sus ojos
Vieron tanto pa' dentro
Un día quise cantarles
Una milonga bien pampa
Como sus huesos
Pero la muerte me ganó de mano
Y Antonio Garayalde
Se marchó pa siempre
Y quedó solo Eduardo
Pero no ha de ser la perra suerte
La que me arrime olvido
Por vos, hermano
Vuelvo a gurí
Y veo el vuelo de tu alma
Con aquellas gaviotas
Que forjaron mi primer sonrisa
De mocoso ingenuo
Cuando te ensuciaban el sombrero
Con la pata afirmada
Al pescante y echao
Al respaldo las riendas de tiento
Con el negro chambergo a la frente
Antigua de sueño
Y antigua de tiempo
Yo lo he visto pasar
Encorva'o y calla'o
Yo le he visto flamear
Su pañuelo enlutao
Con el látigo echao en el hombro
Del saco raído
Rateao por los años
Y a su lado
Pegao como sombra
La grave figura de su único hermano
Yo lo he visto pasar
Encorvao y callao
Yo lo he visto pasar
Enyuntando un dolor
De gurí se me arrima
El recuerdo
De aquellas aradas
Y siembras al paso
Y esas tardes que
Al rancho llegaba
Y al campo me hacías
Alzado en tus brazos
Nunca habré de olvidar
El calor de tu mano
Ni el deseo de andar
Correteando a tu la'o
Alambrando potreros ajenos
Pasaste la vida estirando esperanzas
Pero el poste se quiebra de cuajo
Y la púa del tiempo la vida te arranca
Yo te he visto cinchar
Pa ganarte un bocao
Correteando a tu la'o
Mi recuerdo ha de estar
Milonga pour Don Antonio
Je l'ai vu passer
Et qui ne l'a pas vu, dans le coin
Comme une ombre collée
À son frère
Je n'ai jamais vu pareil
Ni les briques du ranch
Qui les abritait avec leur mère
N'étaient aussi collées qu'eux
Ni les yeux de ses yeux
N'ont vu aussi loin
Un jour j'ai voulu leur chanter
Une milonga bien pampa
Comme leurs os
Mais la mort m'a devancé
Et Antonio Garayalde
Est parti pour toujours
Et Eduardo est resté seul
Mais ce ne sera pas la putain de chance
Qui m'apportera l'oubli
Pour toi, frère
Je reviens à l'enfance
Et je vois le vol de ton âme
Avec ces mouettes
Qui ont forgé mon premier sourire
De gamin naïf
Quand ils te salissaient le chapeau
Avec le pied bien posé
Sur le timon et affalé
Sur le dossier les rênes de contrôle
Avec le chapeau noir sur le front
Ancien de rêves
Et ancien de temps
Je l'ai vu passer
Courbé et silencieux
Je l'ai vu agiter
Son mouchoir noir
Avec le fouet sur l'épaule
Du sac usé
Rongé par les années
Et à ses côtés
Collé comme une ombre
La silhouette grave de son unique frère
Je l'ai vu passer
Courbé et silencieux
Je l'ai vu passer
En y mettant de la douleur
De gamin, je me rapproche
Du souvenir
De ces labours
Et semences au passage
Et ces après-midis qui
Arrivaient au ranch
Et au champ tu me portais
Haut dans tes bras
Je n'oublierai jamais
La chaleur de ta main
Ni le désir d'aller
Courir à tes côtés
En clôturant des pâturages étrangers
Tu as passé ta vie à étirer des espoirs
Mais le poteau se casse net
Et l'épine du temps te déchire la vie
Je t'ai vu tirer
Pour gagner une bouchée
Courant à tes côtés
Mon souvenir doit rester