395px

Des choses qui arrivent

José Larralde

Cosas Que Pasan

Nadie salió a despedirme
Cuando me fui de la estancia
Solamente el ovejero, un perro
Cosas que pasan
El asunto, una zoncera
Un simple cambio de palabras
Y el olvido de un mocoso
Del que puedo ser su tata
Y yo que no aguanto pulgas
A pesar de mi ignorancia
Ya no más pedí las cuentas
Sin importarme de nada

No hubiera pasado esto
Si el padre no se marchara
Pero los patrones mueren
Y después los hijos mandan
Y hasta parece mentira
Pero es cosa señalada
Que de una sangre pareja
Salga la cría cambiada

Los treinta años al servicio
Pal' mozo no fueron nada
Se olvido mil cosas buenas
Por una que salió mala
Yo me había aquerenciao
Nunca conocí otra casa
Y apegado a las costumbres
Me hallaba en aquella estancia

Sí hasta parece mentira
Mocoso sin sombra e' barba
Que de guricito andaba
Prendido de mis bombachas
Por él, le quité a unos teros
Dos pichoncitos, malaya!
Y otra vez, nunca había bajao un nido
Y por él gatié las ramas

Cuando ya se hizo muchacho
Yo le amansé el malacara
Y se lo entregué de riendas
Pa' que él solo lo enfrenara
Tenía un lazo trenzao
Que gané en una domada
Pal' santo se lo osequié
Ya que siempre lo admiraba

Y la única vez que El patrón
Me pegó una levantada
Fue por cargarme las culpas
Que a él le hubieran sido caras
Zonceras, cosas del campo
La tranquera mal cerrada
Y el terneraje e' plantel
Que se sale de las casas
Y eso, pal' finao patrón
Era cosa delicada

Y bueno, pa' que acordarme
De una época pasada
Me dije pa' mis adentros
Todo eso no vale nada

Sin mirar, nos arreglamos
Metí en el cinto la plata
Le estiré pa' despedirme mi mano
Pa' que apretara
Y me la dejó tendida
Cosa que yo no esperaba
Porque ese mozo no sabe
Si un día he de hacerle falta

Tranqueando me fui hasta el catre
Alcé un atado que dejara
Y rumbié para el palenque
Echándome atrás el ala
Ensillé, gané el camino
Pegué la última mirada
Al monte, al galpón, los bretes
El molino, las aguadas

De arriba abrí la tranquera
Eche el pañuelo a la espalda
Por costumbre, prendí un negro
Talonié mi moro Pampa
Y ya me largué al galope
Chiflando como si nada

Nadie salió a despedirme
Cuando me fui de la estancia
Solamente el ovejero, un perro
Cosas que pasan

Des choses qui arrivent

Personne n'est venu me dire au revoir
Quand je suis parti de la ferme
Juste le chien du berger, un toutou
Des choses qui arrivent
L'affaire, une bêtise
Un simple changement de mots
Et l'oubli d'un gamin
Dont je pourrais être le vieux
Et moi qui ne supporte pas les puces
Malgré mon ignorance
Je ne demandais plus les comptes
Sans me soucier de rien

Ça ne serait pas arrivé
Si le père n'était pas parti
Mais les patrons meurent
Et après, ce sont les fils qui commandent
Et ça semble même incroyable
Mais c'est une chose marquée
Que d'un même sang
Sorte un rejeton changé

Trente ans de service
Pour le jeune, ça n'a rien été
On a oublié mille bonnes choses
Pour une qui est sortie mauvaise
Je m'étais attaché
Je n'ai jamais connu d'autre maison
Et accroché aux coutumes
Je me trouvais dans cette ferme

Oui, ça semble même incroyable
Gamin sans ombre de barbe
Qui, en petit, traînait
Accroché à mes pantalons
Pour lui, j'ai pris à des oiseaux
Deux petits, malheur !
Et encore une fois, je n'avais jamais descendu un nid
Et pour lui, j'ai grimpé dans les branches

Quand il est devenu un jeune homme
Je lui ai apprivoisé le mauvais caractère
Et je lui ai remis les rênes
Pour qu'il puisse le maîtriser seul
Il avait un lasso tressé
Que j'ai gagné lors d'un rodéo
Pour le saint, je le lui ai offert
Puisqu'il l'admirait toujours

Et la seule fois que le patron
M'a donné une correction
C'était pour me faire porter les fautes
Qui lui auraient coûté cher
Des bêtises, des choses de la campagne
La barrière mal fermée
Et le veau du troupeau
Qui sort des enclos
Et ça, pour le patron décédé
C'était une chose délicate

Et bon, pourquoi me souvenir
D'une époque passée
Je me suis dit en moi-même
Tout ça ne vaut rien

Sans regarder, on s'est arrangés
J'ai mis l'argent dans ma ceinture
J'ai tendu ma main pour dire au revoir
Pour qu'il serre
Et il m'a laissé la main tendue
Une chose que je ne m'attendais pas
Parce que ce jeune ne sait pas
Si un jour je lui manquerai

En traînant, je suis allé jusqu'au lit
J'ai pris un paquet que j'avais laissé
Et j'ai filé vers le palenque
En rabattant l'aile derrière moi
J'ai sellé, pris le chemin
J'ai jeté un dernier regard
Au bois, au hangar, aux enclos
Le moulin, les points d'eau

D'en haut, j'ai ouvert la barrière
J'ai mis le mouchoir sur l'épaule
Par habitude, j'ai pris un noir
J'ai talonné mon cheval Pampa
Et je me suis lancé au galop
En sifflant comme si de rien n'était

Personne n'est venu me dire au revoir
Quand je suis parti de la ferme
Juste le chien du berger, un toutou
Des choses qui arrivent

Escrita por: Don Víctor Abel Jiménez