Sentimiento Gaucho
En un viejo almacén del Paseo Colón
Donde van los que tienen perdida la fe
Todo sucio, harapiento, una tarde encontré
A un borracho sentado en oscuro rincón
Al mirarle sentí una profunda emoción
Porque en su alma un dolor secreto adiviné
Y, sentándome cerca, a su lado, le hablé
Y él, entonces, me hizo esta cruel confesión
Ponga, amigo, atención
Sabe que es condición de varón el sufrir
La mujer que yo quería con todo mi corazón
Se me ha ido con un hombre que la supo seducir
Y, aunque al irse mi alegría tras de ella se llevó
No quisiera verla nunca... Que en la vida sea feliz
Con el hombre que la tiene pa' su bien... O qué sé yo
Porque todo aquel amor que por ella yo sentí
Lo cortó de un solo tajo con el filo'e su traición
Pero inútil... No puedo, aunque quiera, olvidar
El recuerdo de la que fue mi único amor
Para ella ha de ser como el trébol de olor
Que perfuma al que la vida le va a arrancar
Y, si acaso algún día quisiera volver
A mi lado otra vez, yo la he de perdonar
Si por celos a un hombre se puede matar
Se perdona cuando habla muy fuerte el querer
A cualquiera mujer
Sentiment de Gaucho
Dans un vieux bar du Paseo Colón
Où vont ceux qui ont perdu la foi
Tout sale, en haillons, un après-midi j'ai trouvé
Un ivrogne assis dans un coin sombre
En le regardant, j'ai ressenti une profonde émotion
Car dans son âme, j'ai deviné une douleur secrète
Et, m'asseyant près de lui, à ses côtés, je lui ai parlé
Et lui, alors, m'a fait cette cruelle confession
Écoute, mon ami, fais attention
Sache que c'est la condition d'un homme de souffrir
La femme que je voulais de tout mon cœur
Est partie avec un homme qui a su la séduire
Et, bien qu'en partant, ma joie elle a emportée
Je ne voudrais jamais la revoir... Qu'elle soit heureuse dans la vie
Avec l'homme qui l'a pour son bien... Ou je ne sais quoi
Car tout cet amour que pour elle j'ai ressenti
Il l'a coupé d'un seul coup avec le tranchant de sa trahison
Mais c'est inutile... Je ne peux pas, même si je le veux, oublier
Le souvenir de celle qui fut mon unique amour
Pour elle, ça doit être comme le trèfle odorant
Qui parfume celui que la vie va arracher
Et, si un jour elle voulait revenir
À mes côtés encore, je la pardonnerai
Si par jalousie un homme peut être tué
On pardonne quand l'amour parle très fort
À n'importe quelle femme