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Marmelade de Mûres

La Ronda De Boltaña

Mermelada de Moras

Gatos trasnochadores cortejan bajo el balcón.
Canarios de las Ramblas, y un geranio sin flor.
Bailando calle abajo la noche al fin se marchó...
¿Dónde vas, parrandera, si "El Molino" cerró.

"Canción de mañanada": -Serrat en un transistor,
y un coro de vecinas en el patio interior.-
"Canción de mañanada".¡Qué lejos queda Aragón!..
Casa mía entre barzas,¿cómo te olvido yo?...

Mañanita de domingo, como en casa del mayor;
se irán luego a ver al Barça, y yo con la nieta al zoo.
Mañanita de San Jorge, triste sin libro ni flor:
...Cuando pierde a la princesa, ¿para qué vive el dragón?

No lo sé, pero vive, lo mismo que vivo yo,
hasta que un santo bruto nos clave su lanzón.
Vive en su fría cueva, rumiando lo que perdió:
Mermelada de moras, los recuerdos de amor.

Moras del Pirineo, donde nacimos los dos:
a ella la echó un pantano, yo quise algo mejor.
Rueda que rueda el mundo, con él rodando ella y yo...
en este piso oscuro el rodar terminó.

Ojos como moras negras, en la noche de san Juan
un entoldado de estrellas sobre la calle Rosal.
Giró el mundo en su verbena, y giramos sin pensar
que con cada giro, el baile se acercaba a su final.

Mi viejo Pueblo Seco, -donde viví, moriré...-,
sin perder lo que era me hizo barcelonés.
Y ahora, uno de mis nietos va a cursos de aragonés,
anda soplando gaitas... y pretende volver.

Quiere hacerme de la Chunta,-...¡si soy de la C.N.T.!-;
me trae las "Fuellas", el "Rolde", y "El Cruzado aragonés".
¡La de vueltas que da el mundo! ¡Si ella lo pudiera ver!...
El camino que unos hacen, otros lo han de deshacer.

Como cada Septiembre desde que ella no está
subiré a nuestro valle...si me quieren llevar.
Junto a la casa hundida,-por ella y por tantos más-,
¡le escupiré al pantano!,...y lo haré sin llorar.

Despacio, entre las ruinas, cosecharé en el barzal
moras como sus ojos, dulces hasta rabiar.
No es raro que mi hija me las quiera racionar:
-"Padre, esa mermelada con su azúcar va mal."

-...¡Si supieras que al comerla vuelvo a ver la casa en pie,
y en los labios de tu madre una gotita de miel!
¡Ojalá vivas bastante para descubrir por qué
mientras unto mermelada tú eres mi niña otra vez!

...que el recuerdo vuelve tierno hasta el pan duro de ayer.

Marmelade de Mûres

Des chats noctambules flânent sous le balcon.
Des canaris des Ramblas, et un géranium sans fleur.
Dansant dans la rue, la nuit enfin s'est éclipsée...
Où vas-tu, fêtarde, si "El Molino" a fermé.

"Chanson du matin": -Serrat sur un transistor,
et un chœur de voisines dans la cour intérieure.-
"Chanson du matin". Comme c'est loin l'Aragon !...
Ma maison parmi les ronces, comment puis-je t'oublier ?...

Petit matin de dimanche, comme chez le grand-père ;
ils iront voir le Barça, et moi avec ma petite-fille au zoo.
Petit matin de Saint Georges, triste sans livre ni fleur :
...Quand le dragon perd la princesse, à quoi bon vivre ?

Je ne sais pas, mais il vit, tout comme moi,
jusqu'à ce qu'un saint idiot nous plante sa lance.
Il vit dans sa froide grotte, rumine ce qu'il a perdu :
Marmelade de mûres, les souvenirs d'amour.

Mûres des Pyrénées, où nous sommes nés tous les deux :
elle a été chassée par un marécage, moi je voulais mieux.
Le monde tourne, avec lui elle et moi...
dans cet appartement sombre, le roulis a pris fin.

Des yeux comme des mûres noires, dans la nuit de la Saint Jean
un ciel étoilé au-dessus de la rue Rosal.
Le monde a tourné à sa fête, et nous avons tourné sans penser
qu'à chaque tour, la danse approchait de sa fin.

Mon vieux Pueblo Seco, -où j'ai vécu, où je mourrai...-,
sans perdre ce que j'étais, il m'a fait Barcelonais.
Et maintenant, un de mes petits-fils suit des cours d'aragonais,
il souffle dans des cornemuses... et veut revenir.

Il veut me faire de la Chunta,-...si je suis de la C.N.T.!- ;
il m'apporte les "Fuellas", le "Rolde", et "El Cruzado aragonés".
Comme le monde tourne ! Si elle pouvait le voir !...
Le chemin que certains empruntent, d'autres doivent le défaire.

Comme chaque septembre depuis qu'elle n'est plus là
je monterai dans notre vallée... si on veut bien m'emmener.
Près de la maison effondrée,-à cause d'elle et de tant d'autres-,
je cracherai au marécage !... et je le ferai sans pleurer.

Doucement, parmi les ruines, je récolterai dans les ronces
mûres comme ses yeux, sucrées à en crever.
Ce n'est pas rare que ma fille veuille me les rationner :
-"Père, cette marmelade avec son sucre, ça ne va pas."

-...Si tu savais qu'en la mangeant je revois la maison debout,
et sur les lèvres de ta mère une goutte de miel !
J'espère que tu vivras assez pour découvrir pourquoi
pendant que je tartine de la marmelade, tu es à nouveau ma petite fille !

...car le souvenir revient tendre jusqu'au pain dur d'hier.

Escrita por: Manuel Domínguez