395px

Sertão

Bernard Lavilliers

Sertão

Caruaru, Hotel Centenário, suite princière
Vue sur les chiottes, télé couleur, courant alternatif
Les pales du ventilateur coupent, tranche à tranche
L'air épais comme du manioc

Le dernier Texaco vient de fermer ses portes
Y'a guère que les moustiques pour m'aimer de la sorte
Leurs baisers sanglants m'empêchent de dormir
Bien fait pour ma gueule ! J'aurais pas dû venir

Calé dans ton fauteuil, tu écoutes ma voix
Comme un vieux charognard, tu attends que je crache
La gueule jaune des Caboclos, Antonio Des Morte
Capangas machos, à la solde des Fazendeiros

Pour te donner un avant-goût de vacances intelligentes
Ceux qui vendent du soleil à tempérament
Les cocotiers, les palaces, et le sable blanc
Ne viendront jamais par ici
Remarque il paraît que voir les plus pauvres que soi, ça rassure
Alors allez-y, ici, tout le monde peut venir, ici il n'y a rien

Un soleil ivre de rage, tourne dans le ciel
Et dévore le paysage, de terre et de sel
Où se découpe au passage, l'ombre de Lampião
D'où viendront les Cangaceiros de la libération ?

Le cavalier que je croise, sur son cheval roux
Son fusil en bandoulière, qui tire des clous
A traversé ce désert, la sèche et la boue
Pour chercher quelques cruzeiros à Caruaru

Un éternel été, émiette le Sertão
Le temps s'est arrêté, en plein midi
Il y a déjà longtemps

En attendant que l'enfer, baisse l'abat-jour
Qu'on se penche sur ta misère, du haut de la tour
Tu n'as que de la poussière, pour parler d'Amour
Aveuglé par la lumière, comme dans un four

Que tous les chanteurs des foires, gueulent ta chanson
Même si c'est le désespoir, qui donne le ton
Tu n'as pas peur de la mort, même tu l'attends
Avec ton parabellum, au coeur du Sertão

Un soleil ivre de rage, tombe dans le ciel
Et dévore le paysage, de terre et de sel
Où se découpe au passage, l'ombre de Lampião
D'où viendront les cangaceiros de la libération

Sertão, sertão, sertão

Sertão

Caruaru, Hotel Centenário, suite principal
Vista a los baños, tele a color, corriente alterna
Las aspas del ventilador cortan, rebanada a rebanada
El aire espeso como yuca

El último Texaco acaba de cerrar sus puertas
No hay más que los mosquitos que me quieren así
Sus besos sangrientos no me dejan dormir
¡Bien hecho para mí! No debí haber venido

Acomodado en tu silla, escuchas mi voz
Como un viejo carroñero, esperas que escupa
La cara amarilla de los Caboclos, Antonio Des Morte
Machos capangas, al servicio de los Fazendeiros

Para darte un adelanto de vacaciones inteligentes
Los que venden sol a plazos
Las palmeras, los palacios y la arena blanca
Nunca vendrán por aquí
Dicen que ver a los más pobres que uno, da tranquilidad
Así que vengan, aquí, todos pueden venir, aquí no hay nada

Un sol borracho de rabia, gira en el cielo
Y devora el paisaje, de tierra y sal
Donde se recorta al pasar, la sombra de Lampião
¿De dónde vendrán los Cangaceiros de la liberación?

El jinete que cruzo, en su caballo castaño
Su rifle al hombro, que dispara clavos
Atravesó este desierto, la seca y el barro
Para buscar unos cruzeiros en Caruaru

Un eterno verano, desmenuza el Sertão
El tiempo se detuvo, en pleno mediodía
Ya hace tiempo

Mientras el infierno, baje la lámpara
Que nos asomemos a tu miseria, desde lo alto de la torre
Solo tienes polvo, para hablar de Amor
Deslumbrado por la luz, como en un horno

Que todos los cantantes de las ferias, griten tu canción
Aunque sea la desesperación, la que marque el tono
No le temes a la muerte, incluso la esperas
Con tu parabellum, en el corazón del Sertão

Un sol borracho de rabia, cae en el cielo
Y devora el paisaje, de tierra y sal
Donde se recorta al pasar, la sombra de Lampião
¿De dónde vendrán los cangaceiros de la liberación?

Sertão, sertão, sertão

Escrita por: Bernard Lavilliers