Amor Americano
Sube conmigo, amor America
Besa conmigo las piedras secretas
La plata torrencial del Urubamba
Hace volar el polen a su copa amarilla
Vuela el vacío de la enredadera
La plata pétrea, la guirnalda dura
Sobre el silencio del cajón serrano
Amor, amor, hasta la noche abrupta
Desde el sonoro pedernal andino
Hacia la aurora de rodillas rojas
Contempla el hijo ciego de la nieve
Oh, Wilkamayu de sonoros hilos
Cuando rompes tus truenos lineales
En blanca espuma, como herida nieve
Cuando tu vendaval acantilado
Canta y castiga despertado al cielo
¿Qué idioma traes a la oreja apenas
Desarraigada de tu espuma andina?
Amor, amor, no toques la frontera
Ni adores la cabeza sumergida
Deja que el tiempo cumpla su estatura
En su salón de manantiales rotos
Y entre el agua veloz y las murallas
Recoge el aire del desfiladero
Las paralelas láminas del viento
El canal ciego de las cordilleras
El áspero saludo del rocío
Y sube, flor aflor, por la espesura
Pisando la serpiente despeñada
Ven a mi propio ser, el alba míiia
Hasta las soledades coronaaadas
El reino muerto vive todavía
Amour Américain
Monte avec moi, amour américain
Embrasse avec moi les pierres secrètes
L'argent torrentiel de l'Urubamba
Fait voler le pollen vers sa coupe jaune
Vole dans le vide de la liane
L'argent pétrifié, la guirlande dure
Sur le silence du cajón serrano
Amour, amour, jusqu'à la nuit abrupte
Depuis le silex résonnant des Andes
Vers l'aube aux genoux rouges
Contemple le fils aveugle de la neige
Oh, Wilkamayu aux fils sonores
Quand tu brises tes tonnerres linéaires
Dans une mousse blanche, comme une neige blessée
Quand ton vent tempétueux
Chante et punit le ciel éveillé
Quel langage apportes-tu à l'oreille à peine
Détachée de ta mousse andine ?
Amour, amour, ne touche pas la frontière
Ni n'adore la tête immergée
Laisse le temps accomplir sa stature
Dans son salon de sources brisées
Et entre l'eau rapide et les murailles
Ramasse l'air du défilé
Les feuilles parallèles du vent
Le canal aveugle des montagnes
Le salut âpre de la rosée
Et monte, fleur éclose, à travers l'épaisseur
Marchant sur le serpent précipité
Viens à mon propre être, l'aube mienne
Jusqu'aux solitudes couronnées
Le royaume mort vit encore.
Escrita por: Los Jaivas / Pablo Neruda