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La Juana

María Elena Walsh

La Juana

Cuando una es de tierra adentro
También es de cielo afuera
Si viene pa' Buenos Aires
Un calabozo la espera
Y pregunta dónde está
El cielo de la ciudad

Señora dueña de casa
Perdone el atrevimiento
Al pájaro en jaula de oro
Le madura el sentimiento
De ponerse a curiosear
La tierra y también el mar

Sé que ustedes pensarán
Que pretenciosa la juana
Cuando tiene techo y pan
También quiere la ventana
Soy como soy, miro un poquito
Y después me voy

Yo vivo en un cuadradito
De oscuridad recortada
Con un corazón de vidrio
Por donde no se ve nada
Présteme el televisor
Que se ve más y mejor

Por esa ventana ajena
Es propio lo que una mira
Está abierto al mundo entero
Aunque sea de mentira
Y mi único balcón
Es ver la televisión

Sé que ustedes pensarán
Que pretenciosa la juana
Cuando tiene techo y pan
También quiere la ventana
Soy como soy, miro un poquito
Y después me voy

La Juana

Quand on vient de l'intérieur des terres
On est aussi du ciel à l'extérieur
Si on arrive à Buenos Aires
Un cachot nous attend
Et on demande où est
Le ciel de la ville

Madame, propriétaire de la maison
Pardonnez mon audace
Au petit oiseau dans sa cage dorée
Le sentiment mûrit
De vouloir curieux se mettre
À explorer la terre et aussi la mer

Je sais que vous penserez
Que la juana est prétentieuse
Quand elle a un toit et du pain
Elle veut aussi la fenêtre
Je suis comme je suis, je regarde un peu
Et après je m'en vais

Je vis dans un petit carré
De noirceur découpée
Avec un cœur en verre
Où rien ne se voit
Prêtez-moi la télévision
On voit plus et mieux

Par cette fenêtre d'autrui
On voit ce qui nous appartient
C'est ouvert sur le monde entier
Même si c'est un mensonge
Et mon seul balcon
C'est de regarder la télévision

Je sais que vous penserez
Que la juana est prétentieuse
Quand elle a un toit et du pain
Elle veut aussi la fenêtre
Je suis comme je suis, je regarde un peu
Et après je m'en vais

Escrita por: Maria Elena Walsh