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Djamel

Michel Bühler

Djamel

T'en souviens-tu, Djamel, quand tu as débarqué,
(Les cousins t'avaient dit qu' c'était la Terre promise)
On t'a pris tes papiers, on t'a déshabillé,
Tu as attendu des heures sans même une chemise.
Te souviens-tu, Djamel, des regards de mépris
Des autres voyageurs, quand tu as pris le train?
Toi tu voulais sourire, et tu n'as pas compris
Qu' c'était le commenc'ment d'un nouveau quotidien.


Te souviens-tu, Djamel, du patron de bistro
Qui t'a r'fusé une bière, un jour, rue des Abbesses?
Comm' tu n' te fâchais pas, qu' tu demandais de l'eau,
L'a fait sortir son chien de sous le tiroir caisse.
Te souviens-tu, Djamel, du soir où tu t'es fait
Casser bêt'ment la gueule par une bande de tondus?
Il y a des beaux quartiers qu'il vaut mieux éviter
Quand on n'est pas comme ceux qui possèdent les rues.


Te souviens-tu, Djamel, des boulots des débuts:
Balayeur, éboueur, manoeuvre sur les chantiers,
Et la gamelle froide et la chambre exigüe,
Te voilà installé, mais tout n'a pas changé,
Maint'nant tu sais, Djamel, quand tu passes au péage
D'une autoroute, que tu vas te faire arrêter:
Les flics, c'est bien connu, respectent les usages.
L'usage veut qu'on controle plutôt les gens bronzés


Et tu verrais Djamel, si tu venais chez moi
Le temps qu'il te faudrait pour passer la frontière
Avec tes cheveux longs, ton accent de là-bas,
Faut dire que tu n'as pas l'allure d'un homme d'affaires.
On pourrait continuer: Djamel t'en souviens-tu
Les sarcasmes des fille, la haine des parents...
Ce que je voulais dire, c'est simplement salut
A toi et à tous ceux que l'on dit différents,


Ce que je voulais dire, c'est simplement salut
A toi et à tous ceux que l'on dit différents!

Djamel

¿Recuerdas, Djamel, cuando desembarcaste,
(Tus primos te dijeron que era la Tierra prometida)
Te quitaron tus documentos, te desnudaron,
Esperaste horas sin siquiera una camisa.
¿Recuerdas, Djamel, las miradas de desprecio
De los otros pasajeros cuando tomaste el tren?
Tú querías sonreír, y no entendiste
Que era el comienzo de una nueva rutina.

¿Recuerdas, Djamel, al dueño del bar
Que te negó una cerveza un día en la calle des Abbesses?
Como no te enojaste, pediste agua,
Sacó a su perro de debajo del cajón de la caja.
¿Recuerdas, Djamel, la noche en que te
Golpearon brutalmente un grupo de matones?
Hay barrios bonitos que es mejor evitar
Cuando no eres como aquellos que poseen las calles.

¿Recuerdas, Djamel, los trabajos al principio:
Barrendero, basurero, obrero en las obras,
Y la comida fría y la habitación estrecha,
Ahora estás establecido, pero no todo ha cambiado,
Ahora sabes, Djamel, cuando pasas por el peaje
De una autopista, que te van a detener:
La policía, es bien sabido, respeta las costumbres.
La costumbre es controlar más a las personas bronceadas.

Y verías, Djamel, si vinieras a mi casa
El tiempo que te tomaría cruzar la frontera
Con tu cabello largo, tu acento de allá,
Hay que decir que no tienes la apariencia de un hombre de negocios.
Podríamos seguir: Djamel, ¿recuerdas
Los sarcasmos de las chicas, el odio de los padres...
Lo que quería decir es simplemente hola
A ti y a todos aquellos que dicen que son diferentes,

Lo que quería decir es simplemente hola
A ti y a todos aquellos que dicen que son diferentes!

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