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Je reviens

Nacha Guevara

Vuelvo

Vuelvo.
Quiero creer que estoy volviendo
con mi mejor y mi peor historia.
Conozco este camino de memoria
pero igual me sorprendo.

Vuelvo.
Pido perdón por la tardanza.
Se debe a que hice muchos borradores.
Me quedan dos o tres viejos rencores
y sólo una confianza

Reparto mi experiencia a domicilio
y cada abrazo es una recompensa.
Pero me queda, y no siento vergüenza,
nostalgia del exilio.
En qué momento consiguió la gente
abrir de nuevo lo que no se olvida,
aa madriguera linda que es la vida,
culpable o inocente.

Vuelvo.
Y se reparte mi jornada.
Las manos que recobro y las que dejo.
Vuelvo a tener un rostro en el espejo
y encuentro mi mirada.

Vuelvo.
Con buen talante y buena gana.
Se fueron las arrugas de mi ceño.
Por fin, puedo creer en lo que sueño.
Estoy en mi ventana.

Nosotros.
Nosotros mantuvimos nuestras voces.
Ustedes van curando sus heridas.
Empiezo a comprender las bienvenidas
mejor que los adioses.

Me fui menos mortal de lo que vengo.
Ustedes estuvieron, yo no estuve.
Por eso en este cielo hay una nube
y es todo lo que tengo.

Tira y afloja entre lo que se añora
y el fuego propio y la ceniza ajena
y el entusiasmo pobre y la condena
que no nos sirve ahora.

Todos
estamos rotos pero enteros.
Diezmados por perdones y resabios.
Un poco más gastados y más sabios.
Más viejos y sinceros.

Vuelvo
con la esperanza abrumadora,
con los fantasmas que llevé conmigo
y el arrabal de todos y el amigo
que estaba y no está ahora.

Sin duelo
vuelvo y me doy cuenta
que ha llovido tanto
en mi ausencia, en mis calles y en mi mundo,
que me pierdo en los nombres y confundo
la lluvia con el llanto.
Vuelvo.
Vuelvo.
Por eso vuelvo

Je reviens

Je reviens.
Je veux croire que je reviens
avec ma meilleure et ma pire histoire.
Je connais ce chemin par cœur
mais je suis quand même surpris.

Je reviens.
Je demande pardon pour le retard.
C'est parce que j'ai fait beaucoup de brouillons.
Il me reste deux ou trois vieilles rancœurs
et juste une confiance.

Je distribue mon expérience à domicile
et chaque étreinte est une récompense.
Mais il me reste, et je n'ai pas honte,
la nostalgie de l'exil.
À quel moment les gens ont-ils réussi
à rouvrir ce qu'on n'oublie pas,
la jolie tanière qu'est la vie,
coupable ou innocent.

Je reviens.
Et ma journée se partage.
Les mains que je retrouve et celles que je laisse.
Je retrouve un visage dans le miroir
et je trouve mon regard.

Je reviens.
Avec bonne humeur et bonne volonté.
Les rides de mon front ont disparu.
Enfin, je peux croire en ce que je rêve.
Je suis à ma fenêtre.

Nous.
Nous avons gardé nos voix.
Vous guérissez vos blessures.
Je commence à comprendre les bienvenues
mieux que les adieux.

Je suis parti moins mortel que je ne reviens.
Vous étiez là, moi je n'étais pas.
C'est pourquoi dans ce ciel il y a un nuage
et c'est tout ce que j'ai.

Tire et pousse entre ce qu'on regrette
et le feu propre et la cendre des autres
et l'enthousiasme pauvre et la condamnation
qui ne nous sert plus maintenant.

Tous
nous sommes brisés mais entiers.
Affectés par des pardons et des rancunes.
Un peu plus usés et plus sages.
Plus vieux et sincères.

Je reviens
avec l'espoir écrasant,
avec les fantômes que j'ai emportés avec moi
et le faubourg de tous et l'ami
qui était là et qui n'est plus maintenant.

Sans deuil
je reviens et je me rends compte
qu'il a tant plu
pendant mon absence, dans mes rues et dans mon monde,
que je me perds dans les noms et confonds
la pluie avec les pleurs.
Je reviens.
Je reviens.
C'est pourquoi je reviens.

Escrita por: Mario Benedetti