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À Lota, la Nuit est Sauvage

Patricio Manns

En Lota La Noche Es Brava

El hombre por quien preguntas
Bajó al turno de la sombra.
Le encontré allá en la ladera:
Mujer, ya regresará.
Llevaba el pan en las manos
Y en los ojos tu mirada.
Volverá en la madrugada
Pero alguno no vendrá:
Ése se irá con la muerte
Y otros le habrán de olvidar.

En lota la noche es brava
Para el que a la mina baja.
En lota la noche acaba
Con sangre en el mineral.
El mar y el grisú están cerca
Y es de vida o muerte el pan:
Para quién será esta noche
La muerte bajo el mar.

Zumba una sirena sorda
Y en el aire de ceniza
Se desgarran las campanas
Y arde un fuego funeral.
Mujer, saca tu pañuelo
Y echa el llanto a la mañana
Que la mina está de duelo
Y algo tuyo han de enterrar:
Le atrapó el carbón maldito
Que así nos da fuego y pan.

En lota la noche es brava
Para el que a la mina baja.
En lota la noche acaba
Con llanto en el litoral.
Se tiñó con sangre suya
La sombra del mineral:
Nunca más vendrá de vuelta
Desde la orilla del mar.

Desde allí sus ojos fijos,
¿con qué luz regresarán?

Y su frente sumergida,
¿en qué pecho dormirá?

À Lota, la Nuit est Sauvage

L'homme pour qui tu demandes
Est descendu dans l'ombre.
Je l'ai trouvé là sur la pente :
Femme, il reviendra.
Il tenait le pain dans les mains
Et dans les yeux ton regard.
Il reviendra à l'aube
Mais certains ne reviendront pas :
Lui, il partira avec la mort
Et d'autres l'oublieront.

À Lota, la nuit est sauvage
Pour celui qui descend à la mine.
À Lota, la nuit se termine
Avec du sang dans le minerai.
La mer et le grisou sont proches
Et le pain est une question de vie ou de mort :
Pour qui sera cette nuit
La mort sous la mer.

Une sirène sourde résonne
Et dans l'air de cendre
Les cloches se déchirent
Et un feu funéraire brûle.
Femme, sors ton mouchoir
Et laisse couler les larmes jusqu'au matin
Car la mine est en deuil
Et quelque chose de tien va être enterré :
Il a été pris par le charbon maudit
Qui nous donne ainsi feu et pain.

À Lota, la nuit est sauvage
Pour celui qui descend à la mine.
À Lota, la nuit se termine
Avec des pleurs sur le littoral.
Sa propre ombre s'est teintée de sang
Le minerai a sa couleur :
Jamais plus il ne reviendra
Depuis le bord de la mer.

De là, ses yeux fixés,
Avec quelle lumière reviendront-ils ?

Et son front immergé,
Dans quel sein dormira-t-il ?

Escrita por: Patricio Manns