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G.D.B.D.

Rubén Blades

G.D.B.D.

Despiertas. No has podido dormir muy bien. Te levantas.
Caminas y pisas uno de los charcos de orine que el nuevo
perro ha dejado por toda la casa. Maldiciendo, entras al baño
brincando en una sola pierna, enciendes la luz y restriegas
el pie sobre la cubierta que tu esposa le puso al excusado.
Vas hasta la bañadera blanca, abres los dos grifos del agua
y controlas la temperatura. Levántas la cosa esa que no sabes
cómo se llama y que hace que el agua salga por la regadera.
Te bañas. No cantas. Sales de la tina. Te secas con una toalla
que dice "Disneylandia". Te subes a una balanza que da siempre
pesos diferentes, pero aproximados. Cuando te estás afeitando,
suena el despertador. Tu mujer abre los ojos. Mira la hora.
Lo apaga. Se levanta, de su lado de la cama. Cada uno tiene
su lado de la cama. Cada uno tiene su lado en todo. Tú la sientes
saliendo del cuarto, rumbo a la cocina. El vecino de arriba prendió
el tocadisco. Terminás de afeitarte. Te limpias las cortaditas
con papel higiénico que se te queda pegado a la piel. Te pones
el desodorante, "24 horas de protección constante." Un poco
de colonia para después de afeitarte. Te arde la cara. Sales
del baño. Pisas otra vez el orine del perro. Le mientas la madre,
en voz alta. Tu esposa, desde la cocina, te pregunta qué te pasa.
Tú le explicas a gritos por qué no quieres otro perro en la casa.
Mientras te secas el pie con la toalla mojada que dice "Disneylandia",
ella se aparece y silenciosamente seca el charco de orine. Vas
al closet y sacas la ropa que te vas a poner. Miras el reloj. Hueles
el café. Te vistes. No encuentras la correa. Te haces la corbata
dos veces porque la primera vez la parte de atrás te quedó más larga
que la parte de adelante. Vas a la cocina. Tu esposa ya preparó
tu desayuno. Le hablas otra vez del perro. Ella, sin contestarte,
te recuerda que hay que pagar la cuenta de la luz y la matrícula
de la escuela de los chiquillos. Cuelgas tu jacket del borde de la silla
y te sientas en la mesa de la cocina. Tu esposa enciende la radio.
Están transmitiendo las noticias. Mientras escuchas, mojas el pan
en el café, como te enseñó tu papá cuando eras niño. Suena
el teléfono. Tu esposa lo contesta. Es para tí. De la oficina. Hoy van
a arrestar al tipo. Va un carro a recogerte. Que lo esperes abajo.
Cuelgas el teléfono. Vas a tu cuarto. Abres la segunda gaveta
del armario. Tu gaveta. Sacas tu libreta y los lentes negros. Vas
a la cama. Levantas el colchón y sacas tu revólver. Vas a la cocina,
tomas tu jacket y lo pones todo en el bolsillo de adentro. Tu esposa
te observa. Le das un beso al espacio, al lado de la mejilla, que ella
no devuelve, o sí? Abres la puerta y bajas por la escalera de madera,
saltando los escalones de dos en dos. Llegas a la calle. Ves
al camión recogiendo la basura. Aún está oscuro, pero huele a mañana,
varón.

G.D.B.D.

Tu te réveilles. T'as pas pu bien dormir. Tu te lèves.
Tu marches et tu mets le pied dans une flaque d'urine que le nouveau
chien a laissée partout dans la maison. En pestant, tu entres aux toilettes
en sautant sur une jambe, tu allumes la lumière et tu frottes
le pied sur la housse que ta femme a mise sur les toilettes.
Tu vas jusqu'à la baignoire blanche, tu ouvres les deux robinets
et tu vérifies la température. Tu soulèves ce truc dont tu ne sais
pas le nom et qui fait couler l'eau de la douche.
Tu prends ta douche. Tu chantes pas. Tu sors de la baignoire. Tu te sèches avec une serviette
qui dit "Disneyland". Tu montes sur une balance qui donne toujours
un poids différent, mais approximatif. Quand tu te rases,
le réveil sonne. Ta femme ouvre les yeux. Elle regarde l'heure.
Elle l'éteint. Elle se lève, de son côté du lit. Chacun a
son côté du lit. Chacun a son côté dans tout. Tu la sens
sortir de la chambre, direction la cuisine. Le voisin du dessus a mis
le tourne-disque. Tu finis de te raser. Tu nettoies les petites coupures
avec du papier toilette qui reste collé à ta peau. Tu mets
du déodorant, "24 heures de protection constante." Un peu
de parfum après le rasage. Ta peau te brûle. Tu sors
des toilettes. Tu remets encore le pied dans l'urine du chien. Tu l'insultes,
à voix haute. Ta femme, depuis la cuisine, te demande ce qui se passe.
Tu lui expliques en criant pourquoi tu ne veux pas d'un autre chien à la maison.
Pendant que tu te sèches le pied avec la serviette mouillée qui dit "Disneyland",
elle apparaît et sèche silencieusement la flaque d'urine. Tu vas
au placard et sors les vêtements que tu vas mettre. Tu regardes
tu regardes l'horloge. Tu sens le café. Tu t'habilles. Tu ne trouves pas
la ceinture. Tu fais ta cravate deux fois parce que la première fois
l'arrière est plus long que l'avant. Tu vas à la cuisine. Ta femme a déjà préparé
ton petit déjeuner. Tu lui reparles du chien. Elle, sans te répondre,
te rappelle qu'il faut payer la facture d'électricité et les frais
scolaires des gamins. Tu accroches ta veste sur le bord de la chaise
et tu t'assois à la table de la cuisine. Ta femme allume la radio.
Ils diffusent les nouvelles. Pendant que tu écoutes, tu trempes
ton pain dans le café, comme ton père te l'a appris quand tu étais petit. Le téléphone sonne.
Ta femme répond. C'est pour toi. Du bureau. Aujourd'hui ils vont
arrêter le type. Une voiture vient te chercher. Qu'il t'attende en bas.
Tu raccroches. Tu vas dans ta chambre. Tu ouvres le deuxième tiroir
du placard. Ton tiroir. Tu sors ton carnet et tes lunettes noires. Tu vas
au lit. Tu soulèves le matelas et sors ton revolver. Tu vas à la cuisine,
tu prends ta veste et mets tout dans la poche intérieure. Ta femme
te regarde. Tu lui fais un bisou dans l'air, à côté de la joue, qu'elle
ne rend pas, ou si ? Tu ouvres la porte et descends l'escalier en bois,
sautant les marches deux par deux. Tu arrives dans la rue. Tu vois
le camion ramasser les poubelles. Il fait encore sombre, mais ça sent le matin,
mon gars.

Escrita por: Rubén Blades