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Le Pays

Rubén Blades

El País

Mi país nunca fue pobre
Otros lo han empobrecido
Con sus palabras de cobre
Y por ellos aprendimos
A negar lo que es posible

En mi tierra, los ladrones
Usan corbatas de seda
Y desde plásticas mansiones
Se reparten lo que aún queda
De pobrezas invisibles

En sus almas impermeables
El dolor de otro es obsceno
Con su lógica infranqueable
Todo injustificable
Lo remiten a los cielos

Los domingos van a misa
Y en sus diarios se publican
Sus hipócritas sonrisas
Perdonados hipotecan
Lo que no les pertenece

Y se casan entre ellos
Para crear a nuevos dueños
Que serán amamantados
Por unos senos trigueños
Que jamás son consultados

En sus palabras de acero
Y en sus almas impermeables
El que es pobre es responsable
Porque nació sin dinero
El dolor de otro es obsceno

Con sus plásticas sonrisas
Y en sus domingos de hielo
Estos dueños de mi tierra
De maldad enriquecidos
Hipotecan a los cielos

El país nunca fue pobre
Otros lo han empobrecido
Y somos todos responsables
Por haberles permitido
El que eructen nuestros sueños

Donde compran si no vendes
Se derrota el que se vende
Te derrotan si te vendes
Nos derrotan si te vendes
Se derrota el que se vende

Le Pays

Mon pays n'a jamais été pauvre
D'autres l'ont appauvri
Avec leurs mots en métal
Et grâce à eux, on a appris
À nier ce qui est possible

Dans ma terre, les voleurs
Portent des cravates en soie
Et depuis leurs manoirs en plastique
Ils se partagent ce qu'il reste
Des pauvretés invisibles

Dans leurs âmes imperméables
La douleur d'autrui est obscène
Avec leur logique inébranlable
Tout est injustifiable
Ils l'envoient au ciel

Les dimanches, ils vont à la messe
Et dans leurs journaux, on publie
Leurs sourires hypocrites
Pardonnés, ils hypothèquent
Ce qui ne leur appartient pas

Et ils se marient entre eux
Pour créer de nouveaux propriétaires
Qui seront allaités
Par des seins bronzés
Jamais consultés

Dans leurs mots d'acier
Et dans leurs âmes imperméables
Celui qui est pauvre est responsable
Parce qu'il est né sans argent
La douleur d'autrui est obscène

Avec leurs sourires en plastique
Et dans leurs dimanches glacés
Ces propriétaires de ma terre
Enrichis par la malice
Hypothèquent au ciel

Le pays n'a jamais été pauvre
D'autres l'ont appauvri
Et nous sommes tous responsables
D'avoir permis
Qu'ils éructent nos rêves

Où ils achètent si tu ne vends pas
Celui qui se vend est vaincu
Ils te battent si tu te vends
Ils nous battent si tu te vends
Celui qui se vend est vaincu

Escrita por: Ruben Blades