Son Desangrado
Un corazón quiso saltar un pozo
Confiado en la proeza de su sangre
Y hoy se le escucha delirar de hambre
En el oscuro fondo de su gozo.
El corazón se ahogaba de ternura,
De ganas de vivir multiplicado
Y hoy es un corazón tan mutilado
Que ha conseguido morir de cordura.
Qué son, desangrado son, corazón.
Hablo de un corazón que se defiende
De su vieja y usada maquinaria,
Hablo de un parto en una funeraria,
Hablo de un corazón que no comprende.
Hablo de un corazón tan estrujado,
Tan pequeñín, tan pobre, tan quién sabe
Que en su torrente casi todo cabe
Sea real o sea imaginado.
Qué son, desangrado son, corazón.
Al corazón le faltaba su oreja
Y andaba distraído por la calle
Estrangulando con pasión un talle
E incapaz de notar alguna queja.
El corazón de torpe primavera
Hizo que le injertaran el oído
Y tanta maldición oyó que ha ido
A que le den de nuevo su sordera.
Qué son, desangrado son, corazón.
Cœur Désanguiné
Un cœur a voulu sauter dans un puits
Confiant dans l'exploit de son sang
Et aujourd'hui on l'entend délirer de faim
Au fond sombre de son plaisir.
Le cœur se noyait de tendresse,
De désirs de vivre multipliés
Et aujourd'hui c'est un cœur si mutilé
Qu'il a réussi à mourir de raison.
Qu'est-ce qu'ils sont, désanguiné, cœur.
Je parle d'un cœur qui se défend
De sa vieille et usée machinerie,
Je parle d'un accouchement dans une morgue,
Je parle d'un cœur qui ne comprend pas.
Je parle d'un cœur si écrasé,
Si petit, si pauvre, si qui sait
Que dans son torrent presque tout entre
Que ce soit réel ou imaginé.
Qu'est-ce qu'ils sont, désanguiné, cœur.
Au cœur il manquait une oreille
Et il errait distrait dans la rue
Étranglant avec passion une taille
Incapable de remarquer une plainte.
Le cœur de la maladroite primavera
A fait qu'on lui greffe l'oreille
Et tant de malédictions il a entendues qu'il est allé
Pour qu'on lui redonne sa surdité.
Qu'est-ce qu'ils sont, désanguiné, cœur.
Escrita por: Silvio Rodríguez