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Il N'y A Pas

Silvio Rodriguez

No Hay

Un día común me levanté,
salí a la calle como siempre
y por mi barrio oía la historia
diciendo cosas, trajinando,
yendo a la escuela con libretas
y manejando viejos autos.

Llegó un amigo y me pidió
una canción, un compromiso:
tenía que decir lo que no hay,
cosa por cosa con palabras,
y cada sueño que se usa
para suplir lo que nos falta.

Podría empezar a enumerar
cientos de bienes de intercambio,
cosas pequeñas sin valor
y otras más útiles y vivas.
Podría decir que el jabón
a veces se demora un poco
o que para ir a un restaurant,
siendo el país tan tropical,
si no es con traje no puedes entrar.

Quieren que diga
que en el país de las semillas
falta el pan
y los vestidos.
Quieren que cuente
en cuatro líneas nuestra fe.
Quieren que diga
las palabras 'que no hay'.

Este país, óiganlo bien,
es el país de las arañas,
se siembra un terrón de tierra
y un día crece una montaña.
Los sembradores van desnudos
sin pedir pan ni pedir agua.

Lo que hay no es lo importante,
más importante es los que habemos,
aunque lo que no hay hace polvo
como de gran caballería.
Somos la ley que resucita,
nuestros despojos, nuestra vida.

Il N'y A Pas

Un jour ordinaire, je me suis levé,
je suis sorti dans la rue comme d'habitude
et dans mon quartier j'entendais l'histoire
raconter des choses, s'affairer,
aller à l'école avec des cahiers
et conduire de vieilles voitures.

Un ami est arrivé et m'a demandé
une chanson, un engagement :
il fallait dire ce qui n'existe pas,
chose par chose avec des mots,
et chaque rêve qu'on utilise
pour combler ce qui nous manque.

Je pourrais commencer à énumérer
centaines de biens d'échange,
petites choses sans valeur
et d'autres plus utiles et vivantes.
Je pourrais dire que le savon
parfois met un peu de temps
ou que pour aller au restaurant,
sachant que le pays est si tropical,
sans costume, tu ne peux pas entrer.

Ils veulent que je dise
que dans le pays des semences
il manque le pain
et les vêtements.
Ils veulent que je raconte
en quatre lignes notre foi.
Ils veulent que je dise
les mots 'qu'il n'y a pas'.

Ce pays, écoutez bien,
c'est le pays des araignées,
on plante un morceau de terre
et un jour ça devient une montagne.
Les semeurs vont nus
sans demander de pain ni d'eau.

Ce qui existe n'est pas l'important,
ce qui est plus important, c'est ceux qui sommes,
bien que ce qui n'existe pas fasse de la poussière
comme de la grande cavalerie.
Nous sommes la loi qui ressuscite,
nos dépouilles, notre vie.