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La Désillusion

Silvio Rodriguez

La Desilusión

EL NECIO
Para no hacer de mi ícono pedazos,
para salvarme entre únicos e impares,
para cederme un lugar en su Parnaso,
para darme un rinconcito en sus altares.
me vienen a convidar a arrepentirme,
me vienen a convidar a que no pierda,
mi vienen a convidar a indefinirme,
me vienen a convidar a tanta mierda.

Yo no se lo que es el destino,
caminando fui lo que fui.
Allá Dios, que será divino.
Yo me muero como viví.

Yo quiero seguir jugando a lo perdido,
yo quiero ser a la zurda más que diestro,
yo quiero hacer un congreso del unido,
yo quiero rezar a fondo un hijonuestro.
Dirán que pasó de moda la locura,
dirán que la gente es mala y no merece,
más yo seguiré soñando travesuras
(acaso multiplicar panes y peces).

Yo no se lo que es el destino,
caminando fui lo que fui.
Allá Dios, que será divino.
Yo me muero como viví.

Dicen que me arrastrarán po sobre rocas
cuando la Revolución se venga abajo,
que machacarán mis manos y mi boca,
que me arrancarán los ojos y el badajo.
Será que la necedad parió conmigo,
la necedad de lo que hoy result anecio:
la necedad de asumir al enemigo,
la necedad de vivir sin tener precio.

Yo no se lo que es el destino,
caminando fui lo que fui.
Allá Dios, que será divino.
Yo me muero como viví.

LA DESILUSIÓN

Como monedas
tintineó su tema
la desilusión.
Con boca roja
y grandes mamas flojas
la desilusión.
Fumando rubios
y exhalando alcohol,
bordado el dueño de la cama
en la ropa interior.

Qué delirio en interrogación,
qué suicidio en investigación:
brillante exposición de modas
la desilución.

Abrió un negocio,
reanimando el ocio,
la desilusión.
Como turismo
inventó el abismo
la desilusión.
Tocó el diamante
y lo volvió carbón,
y al atorrante
lo sembró en la administración.

Qué delirio en interrogación,
qué suicidio en investigación:
brillante exposición de modas
la desilución.

La Désillusion

LE NÉCESSAIRE

Pour ne pas réduire mon icône en morceaux,
pour me sauver parmi les uniques et les impairs,
pour me céder une place dans son Parnasse,
pour me donner un petit coin dans ses autels.
On vient me convier à me repentir,
on vient me convier à ne pas perdre,
on vient me convier à m'indéfinir,
on vient me convier à tant de conneries.

Je ne sais pas ce qu'est le destin,
marchant, j'ai été ce que j'ai été.
Là-haut, Dieu, qui sera divin.
Je meurs comme j'ai vécu.

Je veux continuer à jouer à l'égaré,
je veux être plus gaucher que droitier,
je veux faire un congrès de l'unité,
je veux prier à fond un notre-fils.
On dira que la folie est démodée,
on dira que les gens sont mauvais et ne méritent rien,
mais je continuerai à rêver de frasques
(peut-être multiplier des pains et des poissons).

Je ne sais pas ce qu'est le destin,
marchant, j'ai été ce que j'ai été.
Là-haut, Dieu, qui sera divin.
Je meurs comme j'ai vécu.

On dit qu'on me traînera sur des rochers
quand la Révolution s'effondrera,
qu'on écrasera mes mains et ma bouche,
qu'on m'arracherait les yeux et le battant.
Serait-ce que la bêtise est née avec moi,
la bêtise de ce qui aujourd'hui est anecdotique :
la bêtise d'assumer l'ennemi,
la bêtise de vivre sans avoir de prix.

Je ne sais pas ce qu'est le destin,
marchant, j'ai été ce que j'ai été.
Là-haut, Dieu, qui sera divin.
Je meurs comme j'ai vécu.

LA DÉSILLUSION

Comme des pièces
cliquetait son thème
la désillusion.
Avec une bouche rouge
et de gros seins flasques
la désillusion.
Fumant des blondes
et exhalant de l'alcool,
le propriétaire du lit
dans le linge de corps.

Quel délire en interrogation,
quel suicide en investigation :
brillante exposition de modes
la désillusion.

Il a ouvert un commerce,
réanimant l'oisiveté,
la désillusion.
Comme du tourisme
il a inventé l'abîme
la désillusion.
Il a touché le diamant
et l'a transformé en charbon,
et au fainéant
il a semé dans l'administration.

Quel délire en interrogation,
quel suicide en investigation :
brillante exposition de modes
la désillusion.

Escrita por: Silvio Rodríguez