395px

Suppose

Silvio Rodriguez

Supón

Supón que en un trabajo productivo
Te encuentro en tu pañuelo singular
Y luego de ese instante decisivo,
Supón que no te dejo de mirar.

Supón que tanto tu fulgor persigo
Que aplasto un surco y tengo mi sermón,
Que corto un fruto tierno, que me olvido
De mi sombrero bienhechor
Y no reparo en el calor
De la hora en que se prende el sol:
Supón que agua al fin te pido
Y supón que ya eres mi canción.

Supón que me presento como amigo,
Que te pregunto nombre y profesión,
Que miro al suelo y digo que ha llovido
U otro comentario sin razón.

Supón que me has mirado comprensiva
Pero no tienes nada que agregar.
Supón que entonces hablo de la vida
Como queriendo aparentar
Que tengo mucho que contar,
Que soy un tipo original.
Supón que ríes divertida
Y supón que ya eres mi canción.

Supón que hay una tarde para el cine
Y que he llegado una hora después,
Porque la ruta extraña en la que vine
No era para acá, sino al revés.

Supón que la pantalla te ilumina,
Que rompe y que sujeta tu perfil.
Supón tu mano un ave recogida,
Y un cazador, sin más fusil
Que un dedo tímido, va a abrir
El sí o el no del porvenir.
Supón que no eres sorprendida
Y supón que ya eres mi canción.

Supón que la fortuna es nuestra amiga
Y que de tres a cinco puede ser.
Tu padre parte, fumo yo en la esquina:
La puerta, contraseña y tú, mujer.

Supón que entro y que nos abrazamos.
Supón que todo está por agotar:
Es la primera vez que nos amamos.
Pero supón que hablo sin parar,
Supón que el tiempo viene y va,
Supón que sigo original.
Supón que no nos desnudamos
Y supón que ya eres mi canción.

Suppose

Suppose qu'en un boulot productif
Je te croise dans ton foulard unique
Et après cet instant décisif,
Suppose que je ne te lâche pas du regard.

Suppose que tant ton éclat je poursuis
Que j'écrase un sillon et j'ai mon sermon,
Que je cueille un fruit tendre, que j'oublie
Mon chapeau bienfaiteur
Et que je ne fais pas attention à la chaleur
De l'heure où le soleil se lève :
Suppose que de l'eau enfin je te demande
Et suppose que tu es déjà ma chanson.

Suppose que je me présente comme un ami,
Que je te demande ton nom et ta profession,
Que je regarde le sol et dis qu'il a plu
Ou un autre commentaire sans raison.

Suppose que tu m'as regardé avec compréhension
Mais que tu n'as rien à ajouter.
Suppose qu'alors je parle de la vie
Comme si je voulais faire semblant
Que j'ai beaucoup à raconter,
Que je suis un type original.
Suppose que tu ris, amusée
Et suppose que tu es déjà ma chanson.

Suppose qu'il y a un après-midi pour le ciné
Et que j'arrive une heure après,
Parce que la route étrange par laquelle je suis venu
N'était pas par ici, mais à l'envers.

Suppose que l'écran te illumine,
Qu'il brise et qu'il maintienne ton profil.
Suppose ta main comme un oiseau recueilli,
Et un chasseur, sans plus de fusil
Qu'un doigt timide, va ouvrir
Le oui ou le non de l'avenir.
Suppose que tu n'es pas surprise
Et suppose que tu es déjà ma chanson.

Suppose que la fortune est notre amie
Et que de trois à cinq ça peut être.
Ton père s'en va, je fume au coin :
La porte, le mot de passe et toi, femme.

Suppose que j'entre et que nous nous embrassons.
Suppose que tout est sur le point de s'épuiser :
C'est la première fois que nous nous aimons.
Mais suppose que je parle sans m'arrêter,
Suppose que le temps va et vient,
Suppose que je reste original.
Suppose que nous ne nous déshabillons pas
Et suppose que tu es déjà ma chanson.

Escrita por: Silvio Rodriguez