395px

Lettre à un ami

SOLEDAD

Carta a un amigo

Carta a un amigo
Querido amigo la tarde
Se va acostando en el río
Y tirado en las arenas
Te escribo este chamamé
Y así del norte llevarte
Hasta el sur de tus desvelos
Todas las cosas que el viento
Me trae de Santa Fe

Sabrás que allá en nuestros pagos
Donde andabas la canoa
Toda la gente te extraña
Y ansiosa te quiere ver
Y que mira aguas abajo
Por si algún día decides
Desandando el viejo cauce
A estos parajes volver

Y miro las aguas del río que un día
Los indios llamaron
"pariente del mar"
Y el monte que en vano se tira en su cauce
Como una jangada que quiere bogar
Y pienso en aquellos humildes isleños
Que cruzan y vuelven desde Santa Fe
O en aquellos otros que lejos se fueron
Y sólo regresan en un chamamé

El cielo azul que se quedó
Anclado en el jacarandá
Sueña en un viaje que no fue
Y en la rivera por siempre estará
Aquella lluvia de color

Que pinta en verde el saucedal
Dice si tardas en volver
Sueñas de noche con tu litoral

También el viento que llega
Del norte santafesino
Me cuenta la vieja historia
Nacida en el quebrachal
Y el dolor de los hacheros
Sangrando el monte a destajo
Para que al fin el tanino
Lo lleve "la forestal"

Termino esta carta escrita
En las arenas del río
Esperando que sus aguas
Te la acercan por allí
Y que al leerla despiertes
Tu estirpe santafesina
Y recuerdes que aunque lejos
¡Siempre te esperan aquí!

Y miro las aguas...

Lettre à un ami

Lettre à un ami
Cher ami, l'après-midi
S'installe au bord du fleuve
Et allongé sur le sable
Je t'écris ce chamamé
Et ainsi du nord t'emmener
Jusqu'au sud de tes insomnies
Toutes les choses que le vent
Me rapporte de Santa Fe

Tu sauras qu'ici dans nos contrées
Où tu naviguais en canoë
Tout le monde te manque
Et désire te revoir
Et qui regarde en aval
Au cas où un jour tu décides
De revenir sur l'ancien cours
À ces lieux que tu connais

Et je regarde les eaux du fleuve que jadis
Les indiens appelaient
"parent de la mer"
Et la forêt qui se jette en vain dans son lit
Comme une jangada qui veut ramer
Et je pense à ces humbles insulaires
Qui traversent et reviennent de Santa Fe
Ou à ceux qui sont partis loin
Et ne reviennent qu'en chamamé

Le ciel bleu qui est resté
Ancré dans le jacaranda
Rêve d'un voyage qui n'a pas eu lieu
Et sur la rive il sera toujours
Cette pluie colorée

Qui peint en vert le saule pleureur
Dis-moi si tu mets du temps à revenir
Tu rêves la nuit de ton littoral

Aussi le vent qui arrive
Du nord de Santa Fe
Me raconte la vieille histoire
Née dans le quebrachal
Et la douleur des bûcherons
Sanguinant la forêt à tout va
Pour que enfin le tanin
Soit pris par "la forestal"

Je termine cette lettre écrite
Sur les sables du fleuve
En espérant que ses eaux
Te l'apportent par là-bas
Et qu'en la lisant tu réveilles
Ta lignée santafesina
Et te souviennes que même loin
Ici, on t'attend toujours !

Et je regarde les eaux...