Hermano Quiero Contarte
Hermano tengo una pena
que te quisiera contar,
pena que no imaginaba
cuando me puse a cantar.
Esta que no se me nota
de tanto trago y amigo,
de tanto canto y silencio
silencio, canto y castigo.
Tal vez, de tanta tristeza,
a veces parezco alegre,
y la gente me conversa
y yo no escucho qué quiere.
Me dicen que soy muy bueno,
y me agrandan sin motivo,
y hasta me ponen de ejemplo
y me nombran con cariño.
Me han hecho cien homenajes,
tal vez uno he merecido,
me han llenado de regalos,
muy bellos, que he recibido.
Incluso la misma vida
me tomó de preferido,
ahí mi mujer p'a probarlo
y el amor de mis cinco hijos.
Sin embargo la pregunta,
¿Por qué me quedo en la Patria?
Y eso me da mucha pena
y me hace falta contarla.
¿Por qué no me voy más lejos?
¿Por qué no busco la fama?
¿Por qué no pienso en el tiempo
y en el futuro, mañana?
Parece ser importante
la fortuna material,
y hay muchos que no comparten
lo que me escuchan hablar.
De la casa, los amigos,
del trabajo, cada día,
y se vuelven enemigos
por lo que dije o diría.
Y eso me da mucha pena
porque yo quiero quedarme,
no quiero buscar fortuna
aquí, ni en ninguna parte.
Quiero cantar, solamente,
porque elegí este camino,
un día, sencillamente,
cuando me tocó el destino.
Si he de ganar, a Dios gracias.
Si he de perder, qué he de hacerle,
no me comerán las ansias de tener más,
siempre y siempre.
Si me voy, ¿Qué pasaría?
¿Tal vez me iría muy mal?
¿Tal vez hasta volvería
triste y cansado de andar?
Y si triunfo ¿Qué es lo que hago?
¿Me pongo a vivir de rico?
¿Y qué hago con mi mujer,
qué voy a hacer con mis hijos?
Van a echar de menos todo,
la casa, el gato, los pavos,
los perros y los conejos,
la tierra, el fruto, el arado.
El parrón, la buena uva,
la chicha, por consiguiente,
las noches, en el invierno,
y el mate con aguardiente.
¿Y qué hago si se me olvida
lo bueno del tiempo viejo?
¿Y no vuelvo más, hermano,
y me pierdo, por ahí, lejos?
¿Vale algo, más que la tierra
que a uno lo vio nacer?
¿Esta, donde está mi madre,
para siempre, desde ayer?
Hermano tengo una pena
que te quisiera contar,
pena que no imaginaba
cuando me puse a cantar.
Frère, je veux te raconter
Frère, j'ai une peine
que j'aimerais te raconter,
une peine que je n'imaginais
quand j'ai commencé à chanter.
Celle-ci, on ne la voit pas
avec tant de verres et d'amis,
avec tant de chants et de silences,
silence, chant et châtiment.
Peut-être qu'avec tant de tristesse,
de temps en temps je parais joyeux,
et les gens me parlent
et je n'écoute pas ce qu'ils veulent.
On me dit que je suis très bon,
et on m'exalte sans raison,
et même on me prend en exemple
et on m'appelle avec affection.
On m'a fait cent hommages,
peut-être un seul que j'ai mérité,
on m'a comblé de cadeaux,
très beaux, que j'ai reçus.
Même la vie elle-même
m'a pris pour son préféré,
ma femme là pour le prouver
et l'amour de mes cinq enfants.
Cependant, la question,
Pourquoi je reste dans ma patrie ?
Et ça me fait beaucoup de peine
et j'ai besoin de le raconter.
Pourquoi je ne pars pas plus loin ?
Pourquoi je ne cherche pas la gloire ?
Pourquoi je ne pense pas au temps
et à l'avenir, demain ?
Il semble que ce soit important
la fortune matérielle,
et il y en a beaucoup qui ne partagent
ce que je les entends dire.
De la maison, des amis,
de mon travail, chaque jour,
et ils deviennent ennemis
à cause de ce que j'ai dit ou dirais.
Et ça me fait beaucoup de peine
parce que je veux rester,
je ne veux pas chercher la fortune
ici, ni nulle part ailleurs.
Je veux chanter, simplement,
parce que j'ai choisi ce chemin,
un jour, tout simplement,
quand le destin m'a appelé.
Si je dois gagner, grâce à Dieu.
Si je dois perdre, que puis-je y faire,
les envies d'avoir plus ne me dévoreront pas,
toujours et encore.
Si je pars, que se passerait-il ?
Peut-être que ça irait très mal ?
Peut-être que je reviendrais
triste et fatigué de vagabonder ?
Et si je réussis, que fais-je ?
Je vais vivre comme un riche ?
Et que fais-je avec ma femme,
que vais-je faire avec mes enfants ?
Ils vont manquer tout,
la maison, le chat, les dindons,
les chiens et les lapins,
la terre, le fruit, la charrue.
Le vignoble, le bon raisin,
la chicha, par conséquent,
les nuits, en hiver,
et le maté avec de l'eau-de-vie.
Et que fais-je si j'oublie
les bonnes choses du temps passé ?
Et si je ne reviens plus, frère,
et que je me perds, là-bas, loin ?
Est-ce que ça vaut quelque chose, plus que la terre
qui a vu ma naissance ?
Celle-ci, où se trouve ma mère,
pour toujours, depuis hier ?
Frère, j'ai une peine
que j'aimerais te raconter,
une peine que je n'imaginais
quand j'ai commencé à chanter.