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Temps d'enfance

Victor Heredia

Tiempo de infancia

Tiempo de infancia

Vuelve a brillar el sol
sobre los altos cardos,
sobre el viejo camino,
sobre los campos de mi pueblo.
Arde la tarde toda
sobre el manubrio nuevo
de mi triciclo rojo
gallardo potro de mi infancia.
Corro con él de nuevo
por el fondo de casa,
con mi capote al aire
y mi espada de lata.
Mi madre en su trajín
lavando ropa canta viejas canciones
con la espalda doblada
sobre el fuentón del patio.
Me empiezo a preguntar
dónde quedó esa luz,
esa alegría inmensa de barrilete nuevo,
en qué estación de tren
me fui volviendo adulto.
Dónde dejé guardadas mis bolitas de vidrio
mi avión celeste a cuerda,
mi Bambi de cartón.
¿Dónde quedó la mesa con su mantel de hule,
dónde el ceño fruncido
de mi padre a las nueve
cansado del trabajo
comiendo apresurado?
¿Dónde quedó la niña siempre llorando a mares;
mi hermana y sus muñecas,
sus sueños de bailar?
Me empiezo a preguntar
dónde quedó esa luz
esa alegría inmensa de barrilete nuevo,
en qué estación de tren
me fui volviendo adulto,
me fui volviendo adulto...

Temps d'enfance

Temps d'enfance

Le soleil brille à nouveau
sur les grands chardons,
sur le vieux chemin,
sur les champs de mon village.
L'après-midi s'enflamme
sur le guidon tout neuf
de mon tricycle rouge,
fière monture de mon enfance.
Je cours avec lui encore
au fond de la maison,
avec mon manteau au vent
et mon épée en fer-blanc.
Ma mère, dans son train-train,
lave le linge en chantant de vieilles chansons
avec le dos courbé
sur le bassin du patio.
Je commence à me demander
où est passée cette lumière,
cette immense joie d'un cerf-volant neuf,
dans quelle gare de train
je suis devenu adulte.
Où ai-je rangé mes billes en verre,
mon avion bleu à remonter,
mon Bambi en carton.
Où est restée la table avec sa nappe en plastique,
où le froncement de sourcils
de mon père à neuf heures,
cassé par le boulot,
mangeant à la hâte ?
Où est restée la petite fille qui pleurait à chaudes larmes ;
ma sœur et ses poupées,
ses rêves de danse ?
Je commence à me demander
où est passée cette lumière,
cette immense joie d'un cerf-volant neuf,
dans quelle gare de train
je suis devenu adulte,
j'ai fini par devenir adulte...