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L'Homme Sans Souvenirs

Victor Manuel

El Hombre Sin Recuerdos

El hombre sin recuerdos mira el río
y ve que alguien le espía desde el agua.
Se apiada sin saberlo de sí mismo
cuando una rana cruza por su cara.
Regresa lentamente hasta su casa
que le resulta extraña.

El hombre sin recuerdos va a la puerta
cuando abre sin mirar, se da la vuelta.
En el umbral sonriente está la madre,
suspira mientras mueve la cabeza,
le entrega una cajita de bombones
y él se da a la perra.

El hombre sin recuerdos y su perra
caminan por el barrio con la fresca,
atada a su cintura la cadena,
están de vuelta a la hora de la cena,
se quita el pantalón por la cabeza
y el resto por las piernas.

Su sombra no le sigue a todas partes
comparten el Alzheimer
y a veces aunque quieren no se entienden.
Cuando uno ya está al borde de la nada
el otro le sostiene
y el hombre con su sombra se entretiene.

Al hombre sin recuerdos le llevaron
al mismo mar de todos los veranos,
el mar le trajo al pie una caracola
y le arrimó a la oreja de su sombra.
Sobre la espuma blanca de las olas
volaban las gaviotas.

Al hombre no le gustaban las gaviotas
y en un momento que se queda a solas
se aleja más nervioso que asustado,
camina hasta sentirse muy cansado.
Hoy viene en el diario su retrato
y él sigue caminando.

L'Homme Sans Souvenirs

L'homme sans souvenirs regarde la rivière
et voit que quelqu'un l'espionne depuis l'eau.
Il s'apitoie sans le savoir sur lui-même
quand une grenouille traverse son visage.
Il rentre lentement chez lui
qui lui semble étrange.

L'homme sans souvenirs va à la porte
quand il ouvre sans regarder, il se retourne.
Sur le seuil, souriante, se tient sa mère,
soupire en secouant la tête,
lui tend une petite boîte de chocolats
et il la donne à la chienne.

L'homme sans souvenirs et sa chienne
se baladent dans le quartier au frais,
la chaîne attachée à sa taille,
ils rentrent juste à l'heure du dîner,
il enlève son pantalon par la tête
et le reste par les jambes.

Son ombre ne le suit pas partout
ils partagent l'Alzheimer
et parfois, même s'ils veulent, ils ne se comprennent pas.
Quand l'un est déjà au bord du néant
l'autre le soutient
et l'homme avec son ombre s'occupe.

On a emmené l'homme sans souvenirs
au même océan de tous les étés,
la mer lui a apporté un coquillage
et l'a approché de l'oreille de son ombre.
Sur l'écume blanche des vagues
volaient les mouettes.

L'homme n'aimait pas les mouettes
et à un moment où il se retrouve seul
il s'éloigne plus nerveux qu'effrayé,
marche jusqu'à se sentir très fatigué.
Aujourd'hui, son portrait est dans le journal
et il continue de marcher.