Le Vieux Chêne
Naguère, sur les bords de l'onde murmurante,
Un vieux chêne élevait sa tête dans les cieux ;
Et de ses rameaux verts l'ombre rafraîchissante
Protégeait l'humble fleur qui naissait en ces lieux.
Les zéphirs soupiraient, le soir, dans son feuillage
Argenté par la lune, et dont plus loin l'image
Ondoyait sur les flots roulant avec lenteur ;
Les oiseaux y dormaient la tête sous leur aile,
Comme, la nuit, sur l'eau repose la nacelle
Immobile du pêcheur.
Des siècles à ses pieds reposait la poussière.
Que d'orages affreux passèrent sur son front
Dans le cours varié de sa longue carrière !
Que de peuples tombés sans laisser même un nom !
Impassible témoin de leur vaste naufrage,
Que j'aimais à prêter l'oreille à ton langage
Si plein de souvenirs des âges révolus !
Lui seul pouvait encore évoquer sous son ombre
L'image du passé, les fantômes sans nombre
Des peuples qui n'étaient plus.
O chêne, que ton nom résonne sur ma lyre,
Toi dont l'ombre autrefois rafraîchit mes aïeux.
J'ai souvent entendu le souffle de zéphire
Soupirer tendrement dans tes rameaux noueux.
Alors l'oiseau du ciel dans sa course sublime
Montait, redescendait, et caché dans ta cime,
Il enivrait les airs de chants mélodieux,
Et dans un coin obscur de ton épais feuillage
Il déposait son nid à l'abri de l'orage,
Entre la terre et les cieux.
Mais depuis a passé le vent de la tempête ;
La foudre a dispersé tes débris glorieux.
Le hameau cherche en vain ta vénérable tête
Se dessinant au loin sur la voûte des cieux :
[Il n'aperçoit plus rien dedans l'espace vide.
Au jour de ta colère, une flamme rapide
Du vieux roi des forêts avait tout effacé.
Hélas! il avait vu naître et mourir nos pères,
Et l'ombre qui tombait de ses bras séculaires,
C'était l'ombre du passé.
El Viejo Roble
Ntradicionalmente, en las orillas del murmullo del agua,
Un viejo roble levantaba su cabeza hacia los cielos;
Y de sus ramas verdes la sombra refrescante
Protegía a la humilde flor que nacía en estos lugares.
Los suaves vientos suspiraban, por la noche, en su follaje
Plateado por la luna, cuya imagen más lejana
Ondulaba sobre las olas rodando lentamente;
Los pájaros dormían con la cabeza bajo su ala,
Como, por la noche, en el agua descansa la barca
Inmóvil del pescador.
Por siglos a sus pies descansaba el polvo.
¡Cuántas terribles tormentas pasaron por su frente
En el variado curso de su larga carrera!
¡Cuántos pueblos cayeron sin dejar siquiera un nombre!
Testigo impasible de su vasto naufragio,
¡Cómo me gustaba prestar oído a tu lenguaje
Tan lleno de recuerdos de las edades pasadas!
Solo él podía evocar aún bajo su sombra
La imagen del pasado, los innumerables fantasmas
De los pueblos que ya no eran.
Oh roble, que tu nombre resuene en mi lira,
Tú cuya sombra antaño refrescó a mis ancestros.
A menudo escuché el susurro del suave viento
Suspirar tiernamente en tus nudosos ramajes.
Entonces el ave del cielo en su sublime vuelo
Subía, descendía, y escondida en tu copa,
Embelesaba los aires con melodiosos cantos,
Y en un rincón oscuro de tu espeso follaje
Depositaba su nido a resguardo de la tormenta,
Entre la tierra y los cielos.
Pero ha pasado el viento de la tempestad;
El rayo ha dispersado tus gloriosos restos.
La aldea busca en vano tu venerable cabeza
Dibujándose a lo lejos en la bóveda de los cielos:
Ya no ve nada en el espacio vacío.
En el día de tu cólera, una llama rápida
Del viejo rey de los bosques lo había borrado todo.
¡Ay! había visto nacer y morir a nuestros padres,
Y la sombra que caía de sus brazos seculares,
Era la sombra del pasado.