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Borrarme

Abd Al Malik

M'effacer

Même si un de ces jours au Neuhof je redeviens MC de MJC,
Critiquant la société, ma terre, mon pays nourricier,
Parce que excédé de n'trouver ni travail, ni métier
A cause d'un pigment dans mon épiderme que j'aurais soit disant en excès,
Même si c'est vrai qu'c'est étrange de se sentir étranger chez soi,
Sentir brûler sur soi le froid d'l'indifférence ou d'la haine, au choix,
Que toutes les ruelles en ville redeviennent des chemins de croix, du genre
« Monsieur : vos papiers ! Monsieur, vous désirez quoi ? »
Je sais quand même que dans la chambre de l'appart' de ma tour
Je continuerais à invoquer l'Amour …
Jusqu'à ce que son règne vienne
Que la vie d'chacun soit aussi importante que la mienne.
Même si c'la m'essouffle, même si c'la ne dure qu'une seconde,
Ma vie j'la donnerais pour pouvoir vivre cette seconde,
Caresser au moins de l'œil cette seconde, entr'apercevoir les ailes de cette seconde.

Je pourrais bien brouiller les pistes,
Changer cent milles fois de visage,
Rayer mon nom de toutes les listes
Et m'effacer du paysage …

Même si un d'ces jours à Paris, je suis couronné meilleur MC
Egotripant sur mon flow, mon fric, ma clique,
Parce que doré d'platine par le grand public
A cause d'un tube et de l'estime illusoire que c'la procure,
Même si s'prétendent amis des gens que j'ne connais pas,
Que j'devienne Ubu, qu'il y ait une cour autour de moi,
Qu'on m'agresse d'amour à chaque fois qu'on me croise dans la rue,
Que j'rougisse même Noir, à chaque regard se sentir nu.
Je sais quand même que dans mon rôle de roi sans trône
L'Amour restera mon Royaume …
Et même si on m'piédestale et même si on m'piétine
J'refuserais qu'la haine devienne ma routine.
Même si c'la m'essouffle, même si c'la ne dure qu'une seconde,
Ma vie j'la donnerais pour pouvoir vivre cette seconde,
Caresser au moins de l'œil cette seconde, entr'apercevoir les ailes de cette seconde.

Je pourrais bien brouiller les pistes,
Changer cent milles fois de visage,
Rayer mon nom de toutes les listes
Et m'effacer du paysage …

Même si un d'ces jours sous terre je suis croqué par les vers
M'demandant si absent on m'aime comme Jacques Brel
Parce que combien plus que moi sont bien portants
Et causent entre comptables du CD qui s'vend.
Même si c'est vrai qu'mon avis compte peu maintenant
J'me fais une raison parce qu'il comptait pas du tout avant.
Alors on honorera ma mémoire en chantant mes chansons.
Ca m'fait sourire, j'écrivais ces raps pour leur propre oraison …
Je sais quand même bien évidemment plus que jamais
L'Amour, la seule lumière qui ne s'éteint jamais.
Si j'devais remonter sur scène un jour,
J'y chanterais « Hier encore » comme …
Même si c'la m'essouffle, même si c'la ne dure qu'une seconde,
Ma vie j'la donnerais pour pouvoir vivre cette seconde,
Caresser au moins de l'œil cette seconde, entr'apercevoir les ailes de cette seconde.

Je pourrais bien brouiller les pistes,
Changer cent milles fois de visage,
Rayer mon nom de toutes les listes
Et m'effacer du paysage …

Borrarme

Aunque un día en Neuhof vuelva a ser MC de MJC,
Critique la sociedad, mi tierra, mi país nutricio,
Por estar harto de no encontrar trabajo ni oficio
Por un pigmento en mi piel que dicen que tengo en exceso,
Aunque sea extraño sentirse extranjero en casa,
Sentir el frío de la indiferencia o el odio, a elección,
Que las calles de la ciudad se conviertan en vía crucis,
'¡Señor, sus papeles! ¿Qué desea, señor?'
Sé que en la habitación de mi apartamento en la torre
Seguiré invocando al Amor...
Hasta que su reino llegue
Que la vida de todos sea tan importante como la mía.
Aunque me agote, aunque solo dure un segundo,
Daría mi vida por vivir ese segundo,
Al menos acariciar con la mirada ese segundo, vislumbrar las alas de ese segundo.

Podría confundir las pistas,
Cambiar de rostro cien mil veces,
Borrar mi nombre de todas las listas
Y borrarme del paisaje...

Aunque un día en París sea coronado mejor MC,
Egotripando sobre mi flow, mi dinero, mi grupo,
Porque el público me doró de platino
Por un éxito y la ilusoria estima que eso conlleva,
Aunque se hagan llamar amigos personas que no conozco,
Que me convierta en Ubu, que haya una corte a mi alrededor,
Que me abrumen de amor cada vez que me cruzan en la calle,
Que me sonroje incluso siendo negro, sentirse desnudo con cada mirada.
Sé que en mi papel de rey sin trono
El Amor seguirá siendo mi Reino...
Y aunque me pongan en un pedestal o me pisoteen
Rechazaré que el odio se convierta en mi rutina.
Aunque me agote, aunque solo dure un segundo,
Daría mi vida por vivir ese segundo,
Al menos acariciar con la mirada ese segundo, vislumbrar las alas de ese segundo.

Podría confundir las pistas,
Cambiar de rostro cien mil veces,
Borrar mi nombre de todas las listas
Y borrarme del paisaje...

Aunque un día bajo tierra sea devorado por los gusanos
Preguntándome si ausente me aman como a Jacques Brel,
Porque muchos más que yo están sanos
Y hablan entre contables del CD que se vende.
Aunque mi opinión cuente poco ahora
Me resigno porque antes no contaba en absoluto.
Así que honrarán mi memoria cantando mis canciones.
Me hace sonreír, escribía estos raps para su propia oración...
Sé más que nunca
Que el Amor, la única luz que nunca se apaga.
Si volviera a subir al escenario algún día,
Cantaré 'Hier encore' como...
Aunque me agote, aunque solo dure un segundo,
Daría mi vida por vivir ese segundo,
Al menos acariciar con la mirada ese segundo, vislumbrar las alas de ese segundo.

Podría confundir las pistas,
Cambiar de rostro cien mil veces,
Borrar mi nombre de todas las listas
Y borrarme del paisaje...

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