J'ai peur
J'ai peur des rues des quais du sang
Des croix de l'eau du feu des becs
D'un printemps fragile et cassant
Comme les pattes d'un insecte
J'ai peur de vous de moi j'ai peur
Des yeux terribles des enfants
Du ciel des fleurs du jour de l'heure
D'aimer de vieillir et du vent
J'ai peur de l'aile des oiseaux
Du noir des silences et des cris
J'ai peur des chiens j'ai peur des mots
Et de l'ongle qui les écrit
J'ai peur des notes qui se chantent
J'ai peur des sourires qui se pleurent
Du loup qui hurle dans mon ventre
Quand on parle de lui j'ai peur
J'ai peur, j'ai peur, j'ai peur
J'ai peur
J'ai peur du coeur des pleurs de tout
La trouille des fois la pétoche
Des dents qui claquent et des genoux
Qui tremblent dans le fond des poches
J'ai peur de deux et deux font quatre
De n'importe quand n'importe où
De la maladie délicate
Qui plante ses crocs sur tes joues
J'ai peur du souvenir des voix
Tremblant dans les magnétophones
J'ai peur de l'ombre qui convoie
Des poignées de feu vers l'automne
J'ai peur des généraux du froid
Qui foudroient l'épi sur les champs
Et de l'orchestre du Norrois
Sur la barque des pauvre gens
J'ai peur, j'ai peur, j'ai peur
J'ai peur
J'ai peur de tout seul et d'ensemble
Et de l'archet du violoncelle
J'ai peur de là-haut dans tes jambes
Et d'une étoile qui ruisselle
J'ai peur de l'âge qui dépèce
De la pointe de son canif
Le manteau bleu de la jeunesse
La chair et les baisers à vif
J'ai peur d'une pipe qui fume
J'ai peur de ta peur dans ma main
L'oiseau-lyre et le poisson-lune
Eclairent pierres du chemin
J'ai peur de l'acier qui hérisse
Le mur des lendemains qui chantent
Du ventre lisse où je me hisse
Et du drap glacé où je rentre
J'ai peur, j'ai peur, j'ai peur
J'ai peur
J'ai peur de pousser la barrière
De la maison des églantines
Où le souvenir de ma mère
Berce sans cesse un berceau vide
J'ai peur du silence des feuilles
Qui prophétise le terreau
La nuit ouverte comme un oeil
Retourné au fond du cerveau
J'ai peur de l'odeur des marais
Palpitante dans l'ombre douce
J'ai peur de l'aube qui paraît
Et de mille autres qui la poussent
J'ai peur de tout ce que je serre
Inutilement dans mes bras
Face à l'horloge nécessaire
Du temps qui me les reprendra
J'ai peur, j'ai peur, j'ai peur
J'ai peur
J'ai peur
Tengo miedo
Tengo miedo de las calles, los muelles, la sangre
De las cruces, el agua, el fuego, los picos
De una primavera frágil y quebradiza
Como las patas de un insecto
Tengo miedo de ustedes, de mí, tengo miedo
De los ojos terribles de los niños
Del cielo, las flores, el día, la hora
De amar, envejecer y del viento
Tengo miedo del ala de los pájaros
Del negro de los silencios y los gritos
Tengo miedo de los perros, de las palabras
Y de la uña que las escribe
Tengo miedo de las notas que se cantan
Tengo miedo de las sonrisas que se lloran
Del lobo que aúlla en mi vientre
Cuando hablan de él, tengo miedo
Tengo miedo, tengo miedo, tengo miedo
Tengo miedo
Tengo miedo del corazón, de las lágrimas, de todo
El cagazo a veces, el canguelo
De los dientes que castañetean y de las rodillas
Que tiemblan en el fondo de los bolsillos
Tengo miedo de dos y dos son cuatro
De cualquier momento, en cualquier lugar
De la enfermedad delicada
Que clava sus colmillos en tus mejillas
Tengo miedo del recuerdo de las voces
Temblando en los magnetófonos
Tengo miedo de la sombra que conduce
Manojos de fuego hacia el otoño
Tengo miedo de los generales del frío
Que fulminan la espiga en los campos
Y de la orquesta del Norrois
En la barca de los pobres
Tengo miedo, tengo miedo, tengo miedo
Tengo miedo
Tengo miedo de todo solo y en conjunto
Y del arco del violonchelo
Tengo miedo de allá arriba en tus piernas
Y de una estrella que resplandece
Tengo miedo de la edad que despedaza
De la punta de su navaja
El manto azul de la juventud
La carne y los besos al descubierto
Tengo miedo de una pipa que humea
Tengo miedo de tu miedo en mi mano
El pájaro-lira y el pez-luna
Iluminan las piedras del camino
Tengo miedo del acero que eriza
El muro de los mañanas que cantan
Del vientre liso donde me elevo
Y de la sábana helada donde me meto
Tengo miedo, tengo miedo, tengo miedo
Tengo miedo
Tengo miedo de cruzar la barrera
De la casa de las rosas silvestres
Donde el recuerdo de mi madre
Arrulla constantemente una cuna vacía
Tengo miedo del silencio de las hojas
Que profetiza el suelo
La noche abierta como un ojo
Dado vuelta en lo profundo del cerebro
Tengo miedo del olor de los pantanos
Palpitante en la suave sombra
Tengo miedo del amanecer que aparece
Y de mil otros que lo empujan
Tengo miedo de todo lo que abrazo
Inútilmente en mis brazos
Frente al reloj necesario
Del tiempo que me los quitará
Tengo miedo, tengo miedo, tengo miedo
Tengo miedo
Tengo miedo