395px

Yo era un chico feo

Allain Leprest

J'étais un gamin laid

J'étais un gamin laid
Qui serrait des cailloux
Dans sa main sans ami
Sale comme un balai
Gonflé comme un biniou
De gros mots et de bruits
Avec un pansement
Que j'appelais maman
Les jours de pas de chance
Un grand sabre en papier
Au ciseau découpé
Dans un Huma-Dimanche

J'étais un jeudi vide
Qui léchait des carreaux
Aux lucarnes des chambres
Sur des feuilles humides
Plongeant son coeur idiot
En habit de scaphandre
Papa s'appelait papa
La rue s'appelait pas
Elle venait toute seule
Lancer sous la fenêtre
Quelques refrains à naître
Des taches plein la gueule

J'étais un gamin vert
Arrivé en soucoupe
Dans un hôtel du Nord
Dix ans après la guerre
Deux heures avant la soupe
Trop tôt avant sa mort
Coulé dans le ciment
Coincé dans ses volières
Qu'on tresse pour vriller
Héréditairement
Aux saisons ouvrières
Les enfants d'ouvriers

Et ce que je raconte
Dans tout ce qui remonte
C'est peut-être pas vrai
Je suis né au hasard
Nu dans la même gare
D'où je repartirai
Sans avoir jamais su
Si j'étais attendu
Si j'ai fait bonne route
Si j'étais un pékin
Qui attendait quelqu'un
Sans que quelqu'un s'en doute

Sans avoir jamais su
Si j'étais attendu
Si j'ai fait bonne route
Si j'étais un pékin
Qui attendait quelqu'un
Sans que quelqu'un s'en doute

Yo era un chico feo

Yo era un chico feo
Que apretaba piedras
En su mano sin amigos
Sucio como un escobón
Inflado como una gaita
De groserías y ruidos
Con una curita
Que llamaba mamá
Los días de mala suerte
Una gran espada de papel
Recortada con tijeras
De un Huma-Domingo

Yo era un jueves vacío
Que lamía ventanas
En los tragaluces de las habitaciones
En hojas húmedas
Sumergiendo su corazón idiota
En traje de buzo
Papá se llamaba papá
La calle no se llamaba nada
Ella venía sola
Lanzando bajo la ventana
Algunas melodías por nacer
Con manchas en la cara

Yo era un chico verde
Llegado en platillo volador
A un hotel del Norte
Diez años después de la guerra
Dos horas antes de la sopa
Demasiado temprano antes de su muerte
Hundido en el cemento
Atrapado en sus jaulas
Que trenzamos para enloquecer
Heredariamente
En las estaciones obreras
Los hijos de obreros

Y lo que cuento
En todo lo que regresa
Quizás no sea verdad
Nací al azar
Desnudo en la misma estación
Desde donde partiré
Sin haber sabido nunca
Si era esperado
Si tomé el camino correcto
Si era un don nadie
Que esperaba a alguien
Sin que nadie lo supiera

Sin haber sabido nunca
Si era esperado
Si tomé el camino correcto
Si era un don nadie
Que esperaba a alguien
Sin que nadie lo supiera