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La jubilación

Allain Leprest

La retraite

Tiens, c'est le fond de la bouteille
Ça y est nous voilà vieux ma vieille
Des vrais vieux qui trient les lentilles
Des vieux de la tête aux béquilles
Tiens voilà le bout de la rue
On souffle comme qui l'aurait cru
Du temps qu'on vivait à grand pas
Du temps qu'on leur en voulait pas
Aux étoiles de disparaître.
La retraite !

T'as beau dire qu'on nous rend le cœur
Une fois vidé du meilleur
Qu'ils ont pris le tronc et la force
Qu'ils ne rapportent que l'écorce
N'empêche c'est déjà moins con
Que soit consigné le flacon
Qu'après le festin on nous laisse
Les arêtes de la vieillesse
Le temps d'finir la cigarette.
La retraite !

Tout ici a la soixantaine
Ce café-là sent la verveine
Je t'aime, enfile tes chaussons
L'amour jette ses paillassons
Et la tête tourne soudain
A relire le papier peint
Où mille fois les chasseurs tuent
Un grand cerf qui cherchait l'issue
Entre la porte et la fenêtre.
La retraite !

Il paraît qu'à un certain âge
Plus ou moins l'esprit déménage
Et qu'on a la raison qui tangue
Et des cheveux blancs sur la langue
Nous on doit être centenaire
A rêver du bout de la terre
Avoir des envies de Pérou
Et entendre au-dessus du trou
Ce bruit de pelletées qu'on jette.
La retraite !

Le soir descend, partons d'ici
Faudrait pas qu'ils nous trouvent assis
Si on larguait les bibelots
Tout tiendrait dans un sac-à-dos
Regarde, on tend le bras et hop
Ils appellent ça l'auto-stop
Tant pis si on n'a pas de jeans
Si cette conne s'imagine
Qu'avec elle le cœur s'arrête.
La retraite !

Adieu le lit, salut Madrid
On laisse pas longtemps nos rides
Pour peu qu'on se démerde bien
On s'ra à Tolède demain
A regarder les ombres lentes
Eteindre les maisons brûlantes
Salut l'oranger sur la cour
Salut la paresse des jours
J'avais hâte de te connaître...
La retraite !

Tiens, c'est le fond de la bouteille
Ça y est nous voilà vieux ma vieille.

La jubilación

Tiens, es el fondo de la botella
Aquí estamos, viejos mi vieja
Verdaderos viejos que clasifican las lentejas
Viejos de pies a muletas
Mira, ahí está el final de la calle
Soplamos, como quien lo hubiera creído
De cuando vivíamos a grandes pasos
De cuando no les guardábamos rencor
A las estrellas que desaparecen.
La jubilación!

Por mucho que digas que nos devuelven el corazón
Una vez vaciado lo mejor
Que se llevaron el tronco y la fuerza
Que solo traen la cáscara
Aun así, ya es menos tonto
Que se devuelva la botella
Que después del festín nos dejen
Las espinas de la vejez
El tiempo de terminar el cigarrillo.
La jubilación!

Todo aquí tiene sesenta años
Este café huele a verbena
Te amo, ponte tus pantuflas
El amor tira sus felpudos
Y la cabeza gira de repente
Al releer el papel tapiz
Donde mil veces los cazadores matan
A un gran ciervo que buscaba la salida
Entre la puerta y la ventana.
La jubilación!

Dicen que a cierta edad
Más o menos la mente se va
Y que la razón se tambalea
Y hay cabellos blancos en la lengua
Nosotros debemos tener cien años
Soñando con el fin de la tierra
Teniendo ganas de ir a Perú
Y escuchando por encima del agujero
Ese ruido de paladas que arrojan.
La jubilación!

La noche cae, vámonos de aquí
No deberían encontrarnos sentados
Si dejáramos los adornos
Todo cabría en una mochila
Mira, extendemos el brazo y ¡zas!
Ellos llaman a eso autostop
Qué más da si no tenemos jeans
Si esa idiota se imagina
Que con ella el corazón se detiene.
La jubilación!

Adiós a la cama, hola Madrid
No dejaremos nuestras arrugas por mucho tiempo
Si nos las arreglamos bien
Estaremos en Toledo mañana
Viendo las sombras lentas
Apagar las casas ardientes
Hola al naranjo en el patio
Hola a la pereza de los días
Tenía ganas de conocerte...
La jubilación!

Tiens, es el fondo de la botella
Aquí estamos, viejos mi vieja.