395px

La risa loca

Bénabar

Le fou rire

Des allées des chants d'oiseaux
Un cortège de manteaux noirs
Désolés sans un mot
En silence en mouchoirs
Tu nous manquais déjà
Et ce n'était que le début
Il ne manquait que toi
Notre cher disparu

Quelques arbres bien vivants
Veillaient sur un champ de granite
Monuments pour combattants
D'une guerre qu'on perd tout l'temps
Et beaucoup trop vite

Désormais qu'est-ce qu'on va dev'nir
Si tout est moche si tout est triste
Désarmés qu'est-ce qu'on peut faire
J'ai prié Dieu pour qu'il existe
Ces messieurs des pompes funèbres
Au recueillement professionnel
Glissaient à la corde le cercueil
Aux dorures inutiles

Une dame à ce moment-là
A dérapé dans les graviers
En poussant un râle comme ça
Haaaa qui m'a fait rigoler

Un fou rire à un enterrement
Je m'en veux je m'en veux vraiment
C'était nerveux sûr'ment
En tout cas c'était pas l'moment
Je suis peut-être cruel
Complètement insensible
Au moins je n'étais pas le seul
À rire le plus douc'ment possible

Comme une traînée de poudre
Le rire a enflammé le cortège
Tombé sur nous comme la foudre
Le plus beau de tous les sacrilèges
Dos voûté tête baissée
J'ai honte à le dire
On poussait des petits cris étouffés
On était morts de rire

Nos larmes alors
N'étaient plus des larmes de chagrin
Et c'était pas par pudeur
Si on cachait nos visages dans nos mains

À petits pas la procession
L'indigne file d'attente
A retrouvé l'émotion
Devant la tombe béante
Je suis redevenu sérieux
Où avais-je la tête
À nouveau malheureux
C'était quand même un peu plus correct

J'ai pleuré à ton enterrement
Je n'avais pas le choix
Tu n'étais plus là comme avant
Pour rire avec moi

La risa loca

De los senderos, cantos de aves
Un cortejo de abrigos negros
Desolados sin una palabra
En silencio, con pañuelos
Ya te extrañábamos
Y eso que apenas comenzaba
Solo faltabas tú
Nuestro querido ausente

Algunos árboles bien vivos
Cuidaban un campo de granito
Monumentos para combatientes
De una guerra que siempre perdemos
Y demasiado rápido

Ahora, ¿qué vamos a hacer?
Si todo es feo, si todo es triste
Desarmados, ¿qué podemos hacer?
He rezado a Dios para que exista
Esos señores de las funerarias
Con su recogimiento profesional
Deslizaron a la cuerda el ataúd
Con dorados innecesarios

Una dama en ese momento
Se deslizó en los gravillas
Gritando un gemido así
Haaaa, que me hizo reír

Una risa loca en un entierro
Me siento mal, me siento mal de verdad
Era nerviosa, seguramente
De todos modos, no era el momento
Quizás soy cruel
Completamente insensible
Al menos no era el único
Riendo lo más suavemente posible

Como una mecha de pólvora
La risa encendió el cortejo
Cayó sobre nosotros como un rayo
El más hermoso de todos los sacrilegios
Espalda encorvada, cabeza baja
Me da vergüenza decirlo
Soltábamos pequeños gritos ahogados
Estábamos muertos de risa

Nuestras lágrimas entonces
Ya no eran lágrimas de tristeza
Y no era por pudor
Si escondíamos nuestros rostros en nuestras manos

Con pasos pequeños, la procesión
La indignante fila de espera
Recuperó la emoción
Frente a la tumba abierta
Volví a ponerme serio
¿Dónde tenía la cabeza?
De nuevo infeliz
Era un poco más correcto

Lloré en tu entierro
No tenía otra opción
Ya no estabas como antes
Para reír conmigo

Escrita por: Bruno Nicolini