La ballade des cimetières
J'ai des tombeaux en abondance
Des sépultures à discrétion
Dans tout cimetière d'quelque importance
J'ai ma petite concession
De l'humble tertre au mausolée
Avec toujours quelqu'un dedans
J'ai des p'tits bosses plein les allées
Et je suis triste, cependant
Car je n'en ai pas, et ça m'agace
Et ça défrise mon blason
Au cimetière du Montparnasse
À quatre pas de ma maison
À quatre pas de ma maison
J'en possède au Père-Lachaise
À Bagneux, à Thiais, à Pantin
Et jusque, ne vous en déplaise
Au fond du cimetière marin
À la ville comme à la campagne
Partout où l'on peut faire un trou
J'ai même des tombeaux en Espagne
Qu'on me jalouse peu ou prou
Mais j'n'en ai pas la moindre trace
Le plus humble petit soupçon
Au cimetière du Montparnasse
À quatre pas de ma maison
À quatre pas de ma maison
Le jour des morts, je cours, je vole
Je vais infatigablement
De nécropole en nécropole
De pierre tombale en monument
On m'entrevoit sous une couronne
D'immortelles à Champerret
Un peu plus tard, c'est à Charonne
Qu'on m'aperçoit sous un cyprès
Mais, seul un fourbe aura l'audace
De dire " j'l'ai vu à l'horizon
Du cimetièr' du montparnasse
À quatre pas de sa maison "
À quatre pas de sa maison "
Devant l'château d'ma grand-tante
La marquise de Carabas
Ma sainte famille languit d'attente
Mourra-t-elle, mourra-t-elle pas?
L'un veut son or, l'autre ses meubles
Qui ses bijoux, qui ses bibelots?
Qui ses forêts, qui ses immeubles?
Qui ses tapis, qui ses tableaux?
Moi je n'implore qu'une grâce
C'est qu'elle passe la morte-saison
Au cimetière du Montparnasse
À quatre pas de ma maison
À quatre pas de ma maison
Ainsi chantait, la mort dans l'âme
Un jeune homme de bonne tenue
En train de ranimer la flamme
Du soldat qui lui était connu
Or, il advint qu'le ciel eut marre de
L'entendre parler d'ses caveaux
Et dieu fit signe à la camarde
De l'expédier rue Froidevaux
Mais les croque-morts, qui étaient de Chartres
Funeste erreur de livraison
Menèrent sa dépouille à Montmartre
De l'autre côté de sa maison
De l'autre côté de sa maison
La balada de los cementerios
Tengo tumbas en abundancia
Sepulturas a discreción
En todo cementerio de cierta importancia
Tengo mi pequeña concesión
Desde el humilde túmulo al mausoleo
Con siempre alguien adentro
Tengo pequeños montículos en los senderos
Y estoy triste, sin embargo
Porque no tengo una, y eso me molesta
Y eso desluce mi blasón
En el cementerio de Montparnasse
A cuatro pasos de mi casa
A cuatro pasos de mi casa
Poseo en el Père-Lachaise
En Bagneux, en Thiais, en Pantin
Y hasta, no se ofendan
Al fondo del cementerio marino
En la ciudad como en el campo
En todas partes donde se puede hacer un hoyo
Incluso tengo tumbas en España
Que me envidian poco o mucho
Pero no tengo la menor pista
El más humilde pequeño indicio
En el cementerio de Montparnasse
A cuatro pasos de mi casa
A cuatro pasos de mi casa
El día de los muertos, corro, vuelo
Voy incansablemente
De necrópolis en necrópolis
De lápida en monumento
Me vislumbran bajo una corona
De inmortales en Champerret
Un poco más tarde, es en Charonne
Donde me ven bajo un ciprés
Pero solo un astuto tendrá la audacia
De decir "lo vi en el horizonte
Del cementerio de Montparnasse
A cuatro pasos de su casa"
A cuatro pasos de su casa
Frente al castillo de mi tía abuela
La marquesa de Carabas
Mi santa familia languidece de espera
¿Morirá, no morirá?
Uno quiere su oro, otro sus muebles
Quien sus joyas, quien sus baratijas?
Quien sus bosques, quien sus edificios?
Quien sus alfombras, quien sus cuadros?
Yo solo imploro una gracia
Que pase la temporada de muertes
En el cementerio de Montparnasse
A cuatro pasos de mi casa
A cuatro pasos de mi casa
Así cantaba, con el alma en pena
Un joven de buena posición
Tratando de reavivar la llama
Del soldado que le era conocido
Sin embargo, sucedió que el cielo se cansó de
Escucharlo hablar de sus sepulcros
Y Dios hizo señas a la parca
Para que lo enviara a la calle Froidevaux
Pero los enterradores, que eran de Chartres
Funesta error de entrega
Llevaron su cuerpo a Montmartre
Al otro lado de su casa
Al otro lado de su casa