395px

La mujer de Héctor

Georges Brassens

La femme d'Hector

En notre tour de Babel
Laquelle est la plus belle
La plus aimable parmi
Les femmes de nos amis?
Laquelle est notre vrai nounou
La p'tite sur des pauvres de nous
Dans le guignon toujours présent
Quelle est cette fée bienfaisante?

C'est pas la femme de Bertrand
Pas la femme de Gontrand
Pas la femme de Pamphile
C'est pas la femme de Firmin
Pas la femme de Germain
Ni celle de Benjamin
C'est pas la femme d'Honoré
Ni celle de Désiré
Ni celle de Théophile
Encore moins la femme de Nestor
Non, c'est la femme d'Hector

Comme nous dansons devant
Le buffet bien souvent
On a toujours peu ou prou
Les bras criblés de trous
Qui raccommode ces malheurs
De fils de toutes les couleurs
Qui brode, divine cousette
Des arcs-en-ciel à nos chaussettes?

Quand on nous prend la main
Sacré bon dieu dans un sac
Et qu'on nous envoie planter
Des choux à la Santé
Quelle est celle qui, prenant modèle
Sur les vertus des chiens fidèles
Reste à l'arrêt devant la porte
En attendant que l'on ressorte

Et quand l'un d'entre nous meurt
Qu'on nous met en demeure
De débarrasser l'hôtel
De ses restes mortels
Quelle est celle qui r'mu tout Paris
Pour qu'on lui fasse, au plus bas prix
Des funérailles gigantesques
Pas nationales, non, mais presque

Et quand vient le mois de mai
Le joli temps d'aimer
Que sans écho, dans les cours
Nous hurlons à l'amour
Quelle est celle qui nous plaint beaucoup
Quelle est celle qui nous saute au cou
Qui nous dispense sa tendresse
Toutes ses économies d'caresses

Ne jetons pas les morceaux
De nos cœurs aux pourceaux
Perdons pas notre latin
Au profit des pantins
Chantons pas la langue des dieux
Pour les balourds, les fesse-mathieux
Les paltoquets, ni les bobèches
Les foutriquets, ni les pimbêches

Ni pour la femme de Bertrand
Pour la femme de Gontrand
Pour la femme de Pamphile
Ni pour la femme de Firmin
Pour la femme de Germain
Pour celle de Benjamin
Ni pour la femme d'Honoré
La femme de Désiré
La femme de Théophile
Encore moins pour la femme de Nestor
Mais pour la femme d'Hector

La mujer de Héctor

En nuestra torre de Babel
¿Cuál es la más hermosa?
La más amable entre
Las mujeres de nuestros amigos
¿Cuál es nuestra verdadera niñera?
La pequeña sobre los pobres de nosotros
Siempre presente en la mala suerte
¿Quién es esta hada benévola?

No es la mujer de Bertrand
No es la mujer de Gontrand
No es la mujer de Pamphile
No es la mujer de Firmin
No es la mujer de Germain
Ni la de Benjamin
No es la mujer de Honoré
Ni la de Désiré
Ni la de Théophile
Menos aún la mujer de Néstor
No, es la mujer de Héctor

Como bailamos frente
Al buffet a menudo
Siempre tenemos más o menos
Los brazos llenos de agujeros
¿Quién repara estas desgracias?
De hilos de todos los colores
¿Quién borda, divina costurera
Arcoíris en nuestros calcetines?

Cuando nos toman de la mano
Maldito sea en un saco
Y nos envían a plantar
Repollo en la Santé
¿Quién es aquella que, tomando ejemplo
De las virtudes de los perros fieles
Se queda parada frente a la puerta
Esperando a que salgamos?

Y cuando uno de nosotros muere
Y nos obligan
A limpiar el hotel
De sus restos mortales
¿Quién es la que conmociona a todo París
Para que le hagan, al precio más bajo
Unas exequias gigantescas
No nacionales, pero casi

Y cuando llega el mes de mayo
El hermoso tiempo de amar
Que sin eco, en los patios
Gritamos al amor
¿Quién es la que nos compadece mucho?
¿Quién es la que nos abraza?
Que nos brinda su ternura
Todas sus caricias ahorradas

No arrojemos los pedazos
De nuestros corazones a los cerdos
No perdamos nuestro latín
En beneficio de los títeres
No cantemos el idioma de los dioses
Para los tontos, los pedantes
Los presumidos, ni los tontos
Los imbéciles, ni las estiradas

Ni por la mujer de Bertrand
Por la mujer de Gontrand
Por la mujer de Pamphile
Ni por la mujer de Firmin
Por la mujer de Germain
Por la de Benjamin
Ni por la mujer de Honoré
La mujer de Désiré
La mujer de Théophile
Menos aún por la mujer de Néstor
Sino por la mujer de Héctor

Escrita por: Georges Brassens