395px

La religiosa

Georges Brassens

La religieuse

Tous les cœurs se rallient à sa blanche cornette
Si le chrétien succombe à son charme insidieux
Le païen le plus sûr, l'athé’ le plus honnête
Se laisseraient aller parfois à croire en Dieu
Et les enfants de chœur font tinter leur sonnette

Il paraît que, dessous sa cornette fatale
Qu'elle arbore à la messe avec tant de rigueur
Cette petite sœur cache, c'est un scandale!
Une queu’ de cheval et des accroche-cœurs
Et les enfants de chœur s'agitent dans les stalles

Il paraît que, dessous son gros habit de bure
Elle porte coquettement des bas de soi’
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures
Enfin tout ce qu'il faut pour que le diable y soit
Et les enfants de chœur ont des pensées impures

Il paraît que le soir, en voici bien d'une autre!
A l'heure où ses consœurs sont sagement couché’s
Ou débitent pieusement des patenôtres
Elle se déshabille devant sa psyché
Et les enfants de chœur ont la fièvre, les pauvres

Il paraît qu'à loisir elle se mire nue
De face, de profil, et même, hélas! De dos
Après avoir, sans gêne, accroché sa tenue
Aux branches de la croix comme au portemanteau
Chez les enfants de chœur le malin s'insinue

Il parait que, levant au ciel un œil complice
Ell' dit: Bravo, Seigneur, c'est du joli travail!
Puis qu'elle ajoute avec encor plus de malice
La cambrure des reins, ça, c'est une trouvaille!
Et les enfants de chœur souffrent un vrai supplice

Il parait qu'à minuit, bonne mère, c'est pire
On entend se mêler, dans d'étranges accords
La voix énamouré’ des anges qui soupirent
Et celle de la sœur criant: Encor! Encor!
Et les enfants de chœur, les malheureux, transpirent

Et monsieur le curé, que ces bruits turlupinent
Se dit avec raison que le brave Jésus
Avec sa tête, hélas! Déjà chargé’ d'épines
N'a certes pas besoin d'autre chose dessus
Et les enfants de chœur, branlant du chef, opinent

Tout ça, c'est des faux bruits, des ragots, des sornettes
De basses calomni’s par Satan répandu’s
Pas plus d'accroche-cœurs sous la blanche cornette
Que de queu’ de cheval, mais un crâne tondu
Et les enfants de chœur en font, une binette

Pas de troubles penchants dans ce cœur rigoriste
Sous cet austère habit pas de rubans suspects
On ne verra jamais la corne au front du Christ
Le veinard sur sa croix peut s'endormir en paix
Et les enfants de chœur se masturber, tout tristes

La religiosa

Todos los corazones se rinden a su blanca cofia
Si el cristiano sucumbe a su encanto engañoso
El pagano más seguro, el ateo más honesto
A veces se dejarían llevar a creer en Dios
Y los niños de coro hacen sonar su campanita

Se dice que, debajo de su cofia fatal
Que ella lleva en la misa con tanto rigor
Esta hermanita oculta, ¡es un escándalo!
Una coleta y unos encantos
Y los niños de coro se agitan en los bancos

Se dice que, debajo de su grueso hábito
Ella lleva coquetamente medias de seda
Adornos, frivolidades, chucherías, encajes
En fin, todo lo que hace que el diablo esté presente
Y los niños de coro tienen pensamientos impuros

Se dice que por la noche, aquí hay otra historia!
A la hora en que sus hermanas están tranquilamente acostadas
O recitan piadosamente sus oraciones
Ella se desviste frente a su espejo
Y los niños de coro tienen fiebre, los pobres

Se dice que a su antojo se mira desnuda
De frente, de perfil, y hasta, ¡ay! De espaldas
Después de haber, sin vergüenza, colgado su atuendo
En las ramas de la cruz como en un perchero
En los niños de coro el maligno se insinúa

Se dice que, levantando al cielo un ojo cómplice
Ella dice: Bravo, Señor, ¡es un buen trabajo!
Luego añade con aún más malicia
La curvatura de la cadera, ¡eso es un hallazgo!
Y los niños de coro sufren un verdadero suplicio

Se dice que a medianoche, buena madre, es peor
Se oyen mezclarse, en extraños acordes
La voz enamorada de los ángeles que suspiran
Y la de la hermana gritando: ¡Otra vez! ¡Otra vez!
Y los niños de coro, los desafortunados, sudan

Y el señor cura, que estos ruidos lo inquietan
Se dice con razón que el buen Jesús
Con su cabeza, ¡ay! Ya cargada de espinas
No necesita otra cosa encima
Y los niños de coro, moviendo la cabeza, asienten

Todo esto son falsos rumores, chismes, tonterías
De bajas calumnias esparcidas por Satanás
No hay más encantos bajo la blanca cofia
Que una cabeza rapada
Y los niños de coro hacen una mueca

No hay inclinaciones turbias en este corazón rigorista
Bajo este austero hábito no hay cintas sospechosas
Nunca se verá el cuerno en la frente de Cristo
El afortunado en su cruz puede dormir en paz
Y los niños de coro masturbarse, todos tristes

Escrita por: Georges Brassens