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Blanca Nieves

Brigitte Fontaine

Blanche Neige

J’habite le vent, mon corps est une flamme
Je montre les dents aux fleurs et aux gendarmes
Le Soleil me suit, je ne connais pas dieu
Le monde est mon lit, le vent souffle où je veux
Comme une chimère, comme un animal saoul
Ma moto par terre tremble entre mes genoux

Toi Blanche-Neige pauvre colombe
Avec ta douce figure
Toi Blanche-Neige, grosse colombe
Retourne à tes confitures

Bottée de cuir noir je suis la femme feu
La femme jaguar au cou cérémonieux
Mes doigts sont autant de seringues mobiles
Mes bras des serpents, de longs serpents fragiles
Mes reins sont en fer et mon ventre en satin
Mes cuisses dans l’air jouent comme des dauphins

Toi Blanche-Neige, jeune rombière
Avec ta bouche vermeille
Toi Blanche-Neige, jolie mémère
Va faire tes tartes aux groseilles

J’aime quelque fois les minets pâles et chauds
Qui fondent sur moi comme l’aigle sur l’agneau
J’aime les brutaux au large cou cuivré
Qui gardent un chapeau pour me déboussoler
Quand c’est terminé ils gisent comme des vieux
Un peu disloqués, des lacs bleus sous les yeux

Toi Blanche-Neige, blanche mignonne
Sensuelle comme une momie
Toi Blanche-Neige, tendre bobonne
Va donc moucher ton mari

Blanca Nieves

Habito el viento, mi cuerpo es una llama
Le muestro los dientes a las flores y a los gendarmes
El Sol me sigue, no conozco a Dios
El mundo es mi cama, el viento sopla donde quiero
Como una quimera, como un animal ebrio
Mi moto en el suelo tiembla entre mis rodillas

Tú Blanca Nieves, pobre paloma
Con tu dulce figura
Tú Blanca Nieves, hermosa paloma
Vuelve a tus mermeladas

Con botas de cuero negro soy la mujer fuego
La mujer jaguar con cuello ceremonioso
Mis dedos son tantas jeringas móviles
Mis brazos son serpientes, largas serpientes frágiles
Mis riñones son de hierro y mi vientre de satín
Mis muslos en el aire juegan como delfines

Tú Blanca Nieves, joven rompecorazones
Con tu boca colorada
Tú Blanca Nieves, linda abuelita
Ve a hacer tus tartas de grosellas

A veces me gustan los gatitos pálidos y cálidos
Que se derriten sobre mí como el águila sobre el cordero
Me gustan los brutales de cuello ancho cobrizo
Que llevan un sombrero para desorientarme
Cuando termina, yacen como viejos
Un poco dislocados, lagos azules bajo los ojos

Tú Blanca Nieves, blanca y linda
Sensual como una momia
Tú Blanca Nieves, tierna viejecita
Ve a sonarte la nariz, cariño.

Escrita por: Brigitte Fontaine / Oliver Bloch Lainé