Tribulations d'un chanteur en Suisse
Je venais de faire un disque très beau
Avec des chansons à pleurer
Je vais me pointer dans une radio
Des fois que ça leur plairait
Je m'adresse à celui qui fait la liste
De ce que l'auditeur doit aimer
Tu repères tout de suite le spécialiste
Catogan pas rasé
Il me dit: Quel talent quelles idées
T'as de la chance de faire ce métier
Je suis sûr que ma femme va craquer
Quand elle va t'écouter
Mais pour mes émissions pas de bol
Tu retardes mon vieux y a trop de paroles
Tout le monde chante en ricain maintenant
Tiens: même les Suisse-allemands!
REFRAIN:
Je ne sais pas si je me plante ou si j'ai raison
Des fois j'ai l'impression qu'on me prend pour un con
Pour faire un spectacle très gai
J'avais besoin d'un peu de pognon
Je m'en vais trouver la déléguée
De la culture de mon canton
Elle me dit: J'adore ce que vous faites
Un jour vous aurez votre statue
Mais vous allez rire c'est trop bête
De l'argent y en a plus
Si vous saviez ce que ça coûte cher
Le classique la danse l'opéra
Enfin tout ce qui est arts populaires
Vous n'en reviendriez pas
Donc si vous pouviez patienter
Vingt ou trente ans ça m'arrangerait
Mais continuez ne lâchez pas
Vous êtes précieux pour moi
REFRAIN
Dans un théâtre je prends rendez-vous
Avec monsieur le directeur
Il me dit: Qu'est-ce que je peux faire pour vous
Mais vite je n'ai qu'un quart d'heure
Ben voilà j'aime rais bien chanter
C'est admirable! Je réponds: de lapin
Vous savez Brel Brassens Ferré
Je les connaissais très bien
Le grelot se met à sonner
Avant qu'il me déballe ses souvenirs
Il le raccroche deux heures après:
Qu'est-ce que j'allais vous dire?
Ah oui nous parlions de la chanson
Vous écrivez de pures merveilles
Mais je n'en fais qu'une fois par saison
Je viens d'engager Duteil
REFRAIN
Pour que ma carrière s'arrête pas là
Je me dis je vais frapper chez les riches
Ils aiment les artistes ces gens-là
Ils me paieront deux affiches
Mon cher ami, me dit le banquier
Quand pourriez-vous me rembourser?
Mais me sieur dès que j'aurai du succès
Il se met à rigoler
Je ne reverrais pas un kopeck
Et vous perdriez mon amitié
Je lui dis: Ton amitié pauvre mec
J'en ai rien à branler
Mais par contre poursuit ce connard
Le joue où vous aurez trois sous
Je peux les placer revenez me voir
Allez bonjour chez vous
REFRAIN
Alors je me suis dit si je disparais
Personne ne va pleurer ma perte
Il ne me restait plus qu'à crever
Ce que je fais la gueule ouverte
Au moment de plonger dans le trou noir
Comme j'aimais bien l'herbe les feuilles
Et les oiseaux je jette un regard
En dehors du cercueil
Les ordures ils étaient tous là
Tous les faux-culs les cultureux
La Banque la Radio les Médias
Et tous les larmes aux yeux
Pâmés devant trois chanteurs ringards
Qui massacraient un de mes couplets
Tandis que plus loin un type blafard
Encaissait les cachets
Eh! si vous te nez à ce qui vous sert de roustons
Que je leur ai dit juste avant de partir pour de bon
Z'avez intérêt à m'enterrer profond
Et c'est tout ce qu'y a comme morale à cette chanson
Tribulaciones de un cantante en Suiza
Acababa de hacer un disco muy bonito
Con canciones para llorar
Voy a aparecer en la radio
Por si les gusta
Me dirijo a aquel que hace la lista
De lo que el oyente debe amar
Identificas de inmediato al especialista
Con coleta sin afeitar
Me dice: Qué talento, qué ideas
Tienes suerte de hacer este trabajo
Estoy seguro de que mi esposa se derretirá
Cuando te escuche
Pero para mis programas, mala suerte
Retrasas, viejo, hay demasiadas letras
Todos cantan en inglés ahora
¡Incluso los suizos alemanes!
CORO:
No sé si me equivoco o si tengo razón
A veces siento que me toman por tonto
Para hacer un espectáculo muy alegre
Necesitaba un poco de dinero
Voy a ver a la delegada
De cultura de mi cantón
Ella me dice: Adoro lo que haces
Un día tendrás tu estatua
Pero te reirás, es muy tonto
No hay más dinero
Si supieras lo caro que es
El clásico, la danza, la ópera
En fin, todo lo que es arte popular
No lo creerías
Así que si pudieras esperar
Veinte o treinta años, me vendría bien
Pero sigue, no te rindas
Eres valioso para mí
CORO
En un teatro hago una cita
Con el director
Me dice: ¿Qué puedo hacer por ti?
Pero rápido, solo tengo un cuarto de hora
Bueno, me gustaría cantar
¡Es admirable! Respondo: de conejo
Conoces a Brel, Brassens, Ferré
Los conocía muy bien
La campana suena
Antes de que me cuente sus recuerdos
Cuelga dos horas después:
¿Qué te iba a decir?
Ah sí, hablábamos de la canción
Escribes maravillas
Pero solo hago una por temporada
Acabo de contratar a Duteil
CORO
Para que mi carrera no termine aquí
Decido golpear en las puertas de los ricos
A ellos les gustan los artistas
Me pagarán dos carteles
Mi querido amigo, me dice el banquero
¿Cuándo podrás devolverme el dinero?
Pero señor, en cuanto tenga éxito
Él se pone a reír
No veré ni un centavo
Y perderás mi amistad
Le digo: Tu amistad, pobre tipo
Me importa un carajo
Pero en cambio, continúa este idiota
¿Dónde pondrás tus tres monedas?
Puedo invertirlas, vuelve a verme
Adiós
CORO
Entonces pensé, si desaparezco
Nadie llorará mi pérdida
Solo me queda morir
Lo hago con la boca abierta
Al momento de caer en el agujero negro
Como me gustaba la hierba, las hojas
Y los pájaros, echo un vistazo
Fuera del ataúd
Estaban todos ahí
Todos los hipócritas, los cultos
El Banco, la Radio, los Medios
Y todos con lágrimas en los ojos
Embelesados frente a tres cantantes pasados de moda
Que destrozaban uno de mis versos
Mientras que más lejos, un tipo pálido
Cobraba los cheques
¡Eh! si prestan atención a lo que les digo
Que les dije justo antes de irme para siempre
Más les vale enterrarme profundo
Y eso es todo lo que hay como moraleja en esta canción