L'Oeil
Arrivent des jours,
Où on se lève et on s'échoue piteusement
La larme d'hier encore présente,
La voix muette mais déjà blanche
A quoi ça sert d'avoir trente ans
Si on sait pas comment les vivre
A quoi ça sert d'avoir trente ans,
Si c'est pour juste manquer de vivres
A s'écorcher contre l'enfance,
A regretter amèrement
A se couper sur le fil du temps,
Ce putain de gosse est devenu grand
A quoi ça rime, tout ce qu'on s'inflige
Toutes ces béances qu'on a comblées
Pour se retrouver à moitié vide
Dans le tunnel qu'on s'est creusé
On a envie de se sentir libre
On est toujours vite rattrapés
Par des coliques ou par ses fibres
Par la famille et toutes ses plaies
Trop de déni que l'on endure
Au sein de ce corps insatisfait
Que l'on caresse comme on suture
Sans qu'aucune paix ne soit signée
Y a tellement d'ancres dans nos filets
Que tout devient trop lourd à remonter
Que ce qu'il y a en bas n'est que vertige
Et que c'est pas là d'où je veux sauter
J'ai pas mon âge mais je suis âgé
Car la trotteuse a galopé
J'ai trop couru en jouant la montre
A quoi ça sert ?
A quoi ça sert ?
A quoi ça sert ?
On a grandi beaucoup trop vite
Sans jamais pouvoir s'échapper
De cette gangue où l'on subsiste
Où faire le mort, c'est exister
On peut se dire qu'on a changé
On changera pas ce qui s'est passé
Tant de ratures indélébiles
Qui sur nos corps sont tatouées
La vérité n'est pas subtile
Et elle a pas à s'excuser
La vérité c'est comme l'exil
On est tout seul à le partager
Chercher en vain tant de réponses
A toute cette vie qu'on a tirée
Aller si loin pour découvrir
Que c'est pas là qu'il faut creuser…
Le silence est ce qui me ronge…
A quoi ça sert ?
A quoi ça sert ?
A quoi ça sert ?
El Ojo
Arrivan días,
Donde nos levantamos y nos estrellamos miserablemente
La lágrima de ayer aún presente,
La voz muda pero ya blanca
¿Para qué sirve tener treinta años
Si no sabemos cómo vivirlos?
¿Para qué sirve tener treinta años,
Si es solo para faltar de provisiones?
A desgarrarse contra la infancia,
A lamentar amargamente
A cortarse en el hilo del tiempo,
Ese maldito niño se ha vuelto grande
¿Para qué rima, todo lo que nos infligimos
Todas esas brechas que hemos llenado
Para encontrarnos medio vacíos
En el túnel que cavamos
Tenemos ganas de sentirnos libres
Siempre somos rápidamente alcanzados
Por cólicos o por sus fibras
Por la familia y todas sus heridas
Demasiada negación que soportamos
Dentro de este cuerpo insatisfecho
Que acariciamos como suturamos
Sin que se firme ninguna paz
Hay tantos anclajes en nuestras redes
Que todo se vuelve demasiado pesado de subir
Que lo que hay abajo es solo vértigo
Y no es ahí donde quiero saltar
No tengo mi edad pero estoy envejecido
Porque el segundero ha galopado
He corrido demasiado jugando con el reloj
¿Para qué sirve?
¿Para qué sirve?
¿Para qué sirve?
Hemos crecido demasiado rápido
Sin poder escapar nunca
De esta cáscara donde subsistimos
Donde hacerse el muerto es existir
Podemos decir que hemos cambiado
No cambiaremos lo que ha pasado
Tantas tachaduras indelebles
Que en nuestros cuerpos están tatuadas
La verdad no es sutil
Y no tiene que disculparse
La verdad es como el exilio
Estamos solos en compartirlo
Buscar en vano tantas respuestas
A toda esta vida que hemos llevado
Ir tan lejos para descubrir
Que no es ahí donde hay que excavar...
El silencio es lo que me carcome...
¿Para qué sirve?
¿Para qué sirve?
¿Para qué sirve?